Manifestez à Lisbonne à vos risques et périls. Des années durant, la mairie de Lisbonne a livré à des ambassades étrangères, dont celle de Russie, les données personnelles d'opposants. Scandale !

La mairie de Lisbonne a fourni aux Russes ce qu’il fallait savoir sur leurs opposants. Ici, manifestation en soutien à Alexei Navalny en mars 2021.
La mairie de Lisbonne a fourni aux Russes ce qu’il fallait savoir sur leurs opposants. Ici, manifestation en soutien à Alexei Navalny en mars 2021. © AFP / PATRICIA DE MELO MOREIRA

Je vous en ai raconté des histoires folles, mais celle-là les surpasse toutes

Imaginez : vous êtes Russe et réfugié au Portugal. Par solidarité avec l’opposant Alexeï Navalny, vous organisez une manif devant l’ambassade russe à Lisbonne.

Au préalable, vous allez à la mairie pour obtenir les autorisations nécessaires. Le bureau municipal chargé des manifs prend votre nom, votre adresse, votre numéro de passeport, et votre téléphone, et promet l’autorisation pour les jours suivants.

C’est exactement ce qu’il s’est passé en janvier dernier pour les trois organisateurs d’un rassemblement pro-Navalny. Seulement voilà, en recevant les papiers en règle ces trois opposants russes ont eu une grosse surprise :

L’autorisation est arrivée par courriel et a été transmise en copie à l’ambassade de Russie et au ministère russe des Affaires étrangères.

La mairie venait tout bonnement de fournir aux Russes tout ce qu’il fallait savoir sur leurs opposants installés à Lisbonne.

Un moment kafkaïen 

Oui et non… Je m’explique. Ce qui est légal et même habituel est de transmettre ces détails aux "services concernés" à savoir le ministère de l’Intérieur et la police qui vérifient et gardent ces infos pour contacter les organisateurs en cas de problèmes.

Sauf qu’à un moment kafkaïen, quelqu’un à la mairie de Lisbonne s’est dit que les « services concernés » par ces manifs d’opposants étaient l’ambassade russe et les autorités de Moscou. Ça, c’est ce qu’a expliqué le maire pour se justifier.

Des dizaines de transmission de données personnelles sensibles

Vous n’avez pas fini de tomber de votre chaise Mathilde ! 

Une telle énormité a été rendu possible pour une raison toute bête : cela faisait des années que le service des manifs faisait comme cela. Autrement dit, ça faisait partie d’une sorte de routine.

Après enquête minutieuse, on a découvert que ce service avait, depuis 2012, transmis 182 fois le même genre d’infos à toute une série d’ambassades étrangères; dont la Chine, la Russie, Israël, Cuba, l’Angola et le Venezuela ! Le scandale est énorme !

D’autant que depuis 2018, ces données personnelles sont explicitement protégées par un accord européen. Or en 2018 et 2019, ces infos personnelles ont continué à être transmises 52 fois à des ambassades étrangères ! Il y a même plus grave encore !

Le maire sanctionne et le Premier ministre temporise

Il se trouve que les trois opposants à l’origine de cette affaire ont la double-nationalité russe et portugaise. 

Autrement dit, la mairie a livré à la Russie les adresses, numéros de téléphones et numéros de passeport ou carte d’identité de citoyens portugais.

Le maire de Lisbonne, Fernando Medina, a bien sûr sanctionné les responsables. Mais, on l’a vu, le problème est ancien et la presse a commencé à s’intéresser au prédécesseur de M. Medina qui n’est autre que le Premier ministre actuel Antonio Costa.