Promis, juré, dès son arrivée au pouvoir Jair Bolsonaro avait promis de déplacer l'ambassade israélienne de Tel Aviv à Jérusalem. Puis la réalité économique et politique a repris le dessus. Ce sera une "représentation commerciale". Récit.

Comment disait Bill Clinton déjà ? « It's the economy stupid ! ». Or la réalité économique est tombé comme un couperet sur la promesse électorale de Jair Bolsonaro, le nouveau président d'extrême droite brésilien, de transférer son ambassade à Jérusalem.

C'est aussi simple qu'une règle de trois ! Le Brésil a un excédent commercial de 4,5 milliards de dollars avec le monde arabe et un déficit de 800 millions de dollars avec Israël. Le calcul a donc été vite fait et la promesse, vite oubliée.

D'ailleurs, les Brésiliens ne manquent pas d'humour : ils ont malgré tout décidé d'ouvrir un « bureau commercial » de leur ambassade à Jérusalem. Autrement dit, ils disent aux Israéliens : vous savez ce qu'il vous reste à faire pour décrocher la queue du Mickey.

L'énorme marché de la viande halal au monde arabe

De la viande halal ! D'énormes quantités de viande halal ! Un marché que l'Inde ou les Etats-Unis seraient ravis de leur piquer si l'idéologie prenait le pas sur l'économie. Donc, les ambassadeurs arabes se sont empressés de faire le siège de la présidence Bolsonaro.

Avec succès visiblement, et pour le plus grand désespoir des Evangéliques brésiliens qui ont soutenu ce président et comptent sur lui pour mener une politique résolument pro-Israël. Ce que le Brésil a commencé à faire en votant comme Israël à l'ONU.

Mais au delà de l'économie, il y une autre raison à cette reculade brésilienne. Il y a les « Turcos », comme on dit en l'Amérique latine. Les « Turcos », c'est la minorité syro-libano-palestinienne installée depuis la fin du 19e siècle au Brésil et ailleurs.

L'influence des "Turcos"

Parce que, lorsqu'ils ont émigré depuis le croissant fertile, c'était encore l'Empire ottoman. D'où ce nom. Or ils sont très influents au Brésil comme dans le reste de l'Amérique latine. L'ancien président Michel Temer appartenait à cette communauté.

Michel Temer, qui d'ailleurs a été arrêté jeudi dernier accusé de corruption. Reste que cette communauté introduite dans tous les cercles du pouvoir et de l'économie a pesé de tout son poids contre le déménagement de l'ambassade brésilienne.

Toutes ces raisons font donc que l'éléphant Bolsonaro a accouché d'une souris verte et jaune, les couleurs du drapeau brésilien. Evidemment, les Evangéliques, eux, sont furieux. Ils ont l'impression d'avoir été trahis.

Les Evangéliques en embuscade

Et ils votent comme un seul homme en plus ! Il faut comprendre ce que sont ces Evangéliques : ce sont des Chrétiens extrêmement conservateurs à qui le programme anti-gay et traditionaliste du président Bolsonaro convenaient parfaitement.

Ils sont, par ailleurs, fascinés par Israël. Notamment à cause d'un psaume qui, selon leur interprétation littérale, comme toujours, de la Bible explique que le retour du Christ ne peut se faire que si Israël est entièrement gouvernée par les Juifs.

Leur fascination est tellement absolue qu'une de ces églises évangéliques – l'Eglise universelle du royaume de Dieu – a fait construire à Sao Paulo une gigantesque réplique du temple de Salomon. Autant dire, que les Evangéliques ne lâcheront pas le morceau !

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