Aujourd'hui même et lorsqu'on regarde dans le détail, c'est très impressionnant. L'idée est – à terme – d'offrir à 100 millions de familles indiennes 500 000 roupies annuelles en soins de santé. C'est-à-dire un total annuel de 6 250 €.

Narendra Modi, le Premier ministre indien, propose un plan de santé de grande ampleur pour les plus pauvres
Narendra Modi, le Premier ministre indien, propose un plan de santé de grande ampleur pour les plus pauvres © AFP / Prakash Singh

Cent millions de familles, c'est environ 500 millions de personnes couvertes. Et 6 250 € par an, ça semble très peu pour une famille entière vu de France ou d'Occident, mais c'est énorme pour l'Inde : c'est grosso modo le prix de 5 chirurgies cardiaques.

Autrement dit, ça suffit largement pour permettre à une famille de couvrir l'ensemble de ses soins de santé et surtout d'envisager des traitements pour des maladies lourdes : cancer ou chirurgie orthopédique et ce dans les nombreux hôpitaux privés du pays.

Autrement dit, il s'agit bel et bien d'un premier pas important vers une couverture de santé universelle. C'est très important dans un pays qui dépense 1,4% de son PIB pour la santé, contre 3,1% en Chine et 10% en France.

L'Inde pourra financer ce plan gigantesque ?

On peut effectivement parler de gigantisme : les projections montrent que cela coûtera au gouvernement indien quelque 150Mds€ par an ! D'autant que ce n'est pas la première fois que, Narendra Modi, le Premier ministre indien, propose un plan de ce type sans le financer.

Mais aujourd'hui, les conditions économiques ont changé : l'Inde est récemment devenue la 5e économie du monde et son taux de croissance est de 8% par an ! Elle estime donc avoir les moyens de financer ce méga-plan.

Ensuite, il y a urgence : l'espérance de vie moyenne d'un Indien est de 68 ans. C'est plus de 80 ans pour un français. L'idée est donc que les jeunes générations arrivent en bonne santé et bien éduquée sur le marché du travail.

D'autant que dans les 20 ans à venir, 500 millions d'Indiens devraient quitter les campagnes pour les grands centres urbains. Il faut donc préparer le pays et l'Inde à décidé de commencer par son système de santé et son éducation.

Il doit y avoir aussi des raisons plus prosaïques

Bien sûr ! Il y a tout bonnement des élections à venir en 2019. Or ce plan entrera pile en service en pleine année électorale. Narendra Modi a surtout joué la corde nationaliste, avec un certain succès, puisqu'il a remporté toutes les élections intermédiaires.

En face, le Parti du Congrès de la famille Nehru – Gandhi commence tout juste à réagir. Il a mis à sa tête le dernier rejeton de la famille Gandhi, Rahul et devient de plus en plus incisif et donc dangereux. Il était temps de réagir.

Ce plan, destiné aux plus pauvres et à la population rurale, est donc une première réponse à ces futures échéances électorales et au fait que le Congrès relève la tête. Il y a donc bien des calculs électoraux et partisans derrière cette annonce.

Pour le coup, on se croirait en Occident : à la chasse aux électeurs

C'est justement ce qui est passionnant. L'Inde est incontestablement une démocratie. Une vieille démocratie puisqu'elle n'a jamais cessé de voter, y compris pour l'alternance, depuis son indépendance il y a 70 ans.

Et on voit bien, du coup, que cela change totalement les stratégies de développement. En Inde, il faut gagner les électeurs et donc leur proposer un contrat social, une redistribution des richesses produites sous peine de perdre le pouvoir.

Dans les pays autoritaires en développement, comme l'Egypte par exemple, où les élections sont des fictions grotesques et où le peuple se mate à coup de répression, le modèle est celui de l'accaparement et des infrastructures grandioses.

Vous l'avez compris : je préfère et de loin la voie indienne.

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