La Suède est fière de son festival de cinéma de Göteborg. Cette année, il aura bien lieu mais avec une seule spectatrice. Explications.

L'unique spectatrice du Festival de cinéma de Göteborg
L'unique spectatrice du Festival de cinéma de Göteborg © AFP / Jonathan NACKSTRAND

Vous nous emmenez en Suède ce matin, pour le plus prestigieux de tous les festivals de cinéma scandinaves ! Le Festival de Göteborg : un must de la vie culturelle suédoise ! Cette année, évidemment, les choses sont un peu différentes : à cause de la pandémie, les films ne seront accessibles au jury que par internet. 

Pourtant, les organisateurs ont tenu à ce qu’il y ait tout de même un public. Et quand je dis « un » public, il faut l’entendre au sens le plus strict du terme : il y aura une seule spectatrice. Elle s’appelle Lisa Enroth et elle a été choisie parmi 12 000 candidats.

Une seule spectatrice et isolée dans un phare

D’abord, elle est une parfaite cinéphile, ce qui semble raisonnable comme critère. Ensuite, elle habite dans la région de Göteborg, ce qui permet aux organisateurs de ne pas briser les consignes gouvernementales visant à restreindre la circulation des Suédois.

Elle est aussi infirmière, ce qui permet au festival de rendre hommage aux soignants. Enfin, elle a accepté des conditions de participation très particulières. Pendant une semaine, elle sera seule sur une île déserte.

Elle a accepté d’être transportée sur l’îlot de Pater Noster où il n’y a qu’un phare, rien d'autre. Elle y sera seule sans livre, sans téléphone portable et avec une simple tablette pour communiquer avec l’extérieur quelques heures par jour.

Un tablette, la mer et le silence

Tout a été prévu : les organisateurs du festival ont aménagé au dernier étage du phare une salle de projection, où elle pourra visionner l’ensemble de la sélection. La tablette servira à nourrir un blog quotidien de ses impressions et de ses critiques.

Tous les jours, à heure fixe, un agent de sécurité viendra vérifier que tout va bien. Mais le reste du temps, elle sera bel et bien seule face aux embruns et au vent de la Mer du Nord, isolée dans son phare, une semaine entière. Le festival s’achèvant le 8 février.

Lisa Enroth est ravie de cette expérience qui, dit-elle, la sortira de son quotidien auprès des patients atteints de Covid19. Elle a besoin de silence et de nature pour oublier l’épuisement physique et psychique qu’elle subit depuis des mois.

La Suède rentre dans le rang

Ça c’était avant ! Avant que l’épidémiologiste en chef du pays, Anders Tegnell, reconnaisse lui-même que la stratégie en solo suédoise de « l’immunité collective » était une erreur. Même le roi Charles XVI Gustave a avoué à Noël que la stratégie poursuivie jusqu’à lors avait été un échec.

Mais depuis quelques semaines, la Suède est rentrée dans le rang : Le 10 janvier, une loi a été adoptée qui donne au gouvernement le droit de confiner tout ou partie du pays. Pour le moment, les mesures suédoises ressemblent aux nôtres : magasins ouverts mais avec nombre de clients limités et rassemblements interdits.

Il faut dire qu'avec un nombre de morts par million d’habitants cinq fois plus élevé qu’au Danemark, neuf fois plus qu’en Finlande et dix fois plus qu’en Norvège, la Suède était devenue en Scandinavie le vilain petit canard des contes d’Andersen… le Danois !