Pour le 1er de l'an, direction la Bolivie... Pour ce qu'on appelle en espagnol, un véritable "culebrón" diplomatique. Ce qui veut dire un vaudeville sud-américain et qui implique pas moins de trois pays. Le pays hôte, la Bolivie donc, mais aussi l'Espagne et le Mexique.

Evo Morales durant le discours face aux nouveaux ministres de son cabinet. On peut voir sur le siège le plus à gauche Juan Ramon Quintana. Photo datant de janvier 2019
Evo Morales durant le discours face aux nouveaux ministres de son cabinet. On peut voir sur le siège le plus à gauche Juan Ramon Quintana. Photo datant de janvier 2019 © AFP / AIZAR RALDES

Depuis le 10 novembre dernier, et la fuite d'Evo Morales en avion spécial pour le Mexique, et aujourd'hui l'Argentine, le pays est dirigé par une présidente intérimaire, nettement marquée à droite, Jeanine Añez. Beaucoup des anciens ministres et hauts responsables de l'ex-président Morales sont en fuite ou, pour une dizaine d'entre eux, réfugiés à l'ambassade du Mexique à La Paz. Dont Juán Ramón Quintana, qui faisait office de 1er ministre dans l'administration Morales. 

Donc, depuis plusieurs semaines, l'ambassade et la résidence de l'ambassadrice mexicaine, Mme María Teresa Mercado, est surveillée nuit et jour par la police, les services secrets boliviens et même de simples citoyens pour éviter la fuite de ces hauts responsables. 

Que vient faire l'Espagne dans cette affaire mexico-bolivienne ?

C'est là où l'intrigue commence à devenir ubuesque : vendredi dernier, deux diplomates espagnols se présentent dans des voitures diplomatiques, accompagnés de 4 policiers espagnols encapuchonnés et au visage camouflé à l'ambassade pour un rendez-vous. Ils entrent, mais les voisins-vigiles trouvent suspects ces policiers assez peu diplomatiques qui attendent dehors dans deux voitures. Ils s'approchent, avec des policiers boliviens et exigent qu'ils s'identifient. Peine perdue, les policiers refusent. 

Tout le monde s'énerve, les voitures sont chahutées et il a fallu appeler Madrid qui a appelé le ministre des Affaires étrangères bolivien pour extraire les deux diplomates et les 4 policiers. Et, hier, tout le monde a été expulsé du pays.

Comment ça « expulsé du pays » ? 

Les deux diplomates, les 4 policiers espagnols et l'ambassadrice mexicaine María Teresa Mercado ont été expulsés, le tout avec des accusations de néo-colonialisme espagnol et une théorie complotiste expliquant que les Espagnols voulaient en fait exfiltrer l'ex-Premier ministre bolivien. Une théorie qui, en partie, comme toujours, s'appuie sur une certaine réalité : l'Espagne a effectivement accompagné des collaborateurs d'Evo Morales jusqu'à la frontière argentine, nourrissant ainsi un fort soupçon de partialité. Ajoutez à cela le fait que la Présidente bolivienne est allée bien au-delà de son intérim en renvoyant des Cubains et l'ambassadeur vénézuélien et en hystérisant la vie politique mais aussi le fait que l'Espagne ne savait rien, vous obtenez un cocktail détonnant. 

Qu'est-ce que vous voulez dire par « l'Espagne ne savait rien » ? 

Eh bien, le ministère espagnol des Affaires étrangères n'était pas au courant de la visite de ses deux diplomates et de ses policiers à l'ambassade mexicaine. Et pour une bonne raison : les intérimaires ne sont pas seulement boliviens, mais aussi espagnols ! L'actuelle ministre des Affaires étrangères, Margarita Robles, assure l'intérim depuis que Josep Borrell a été nommé à la Commission européenne. Elle est aussi membre d'un gouvernement intérimaire, puisque toujours pas confirmé par le Parlement espagnol. Donc voilà une ministre espagnole intérimaire, membre d'un gouvernement intérimaire, qui doit couvrir les initiatives malheureuses de son administration auprès d'une présidente bolivienne intérimaire. Un "culebrón" hispano-américain pur sucre 

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