La Russie lorgne sur son voisin de l'Ouest et la Biélorussie fait tout pour retarder l'échéance (inéluctable?) de l'union des deux pays. Récit.

Le président de la Biélorussie Alexander Loukachenko et le président de la Russie Vladimir Poutine
Le président de la Biélorussie Alexander Loukachenko et le président de la Russie Vladimir Poutine © Getty / Alexei Druzhinin / Contributeur

La Biélorussie

Sa capitale : Minsk ; 9 millions et demi d'habitants ; un pays grand comme le Royaume-Uni et souvent décrit, à raison, comme la dernière dictature d'Europe. Après tout, le même homme dirige la Biélorussie depuis 1994 : Alexandre Grégoriévitch Loukachenko. C'est-à-dire depuis plus longtemps encore que son très encombrant voisin, la Russie. Parce que c'est bien ça le problème des Biélorusses : Russie or not Russie.

Faut-il ou non fondre les deux pays en un ? 

Ce qui, côté russe, se dit : "unir deux pays frères pour un avenir radieux" et, côté Biélorusse, se dit : "annexation, assimilation, oblitération de la nation biélorusse au profit des seuls intérêts russes".

Ça résiste du côté de Minsk...

Depuis 2014 et la guerre en Ukraine, puis l'annexion de la Crimée, la situation ukrainienne ne fait pas envie aux Biélorusses, ni surtout à son dictateur qui fait tout pour retarder, éloigner, délayer, oublier Moscou.

Or, le problème, c'est qu'il existe un projet d'Union, signé au milieu des années 1990 et jamais appliqué. L'Union des deux pays aurait dû être achevée en 1999. Depuis, rien : le traité n'a jamais été appliqué. Or il se trouve que ce traité à une date de péremption :

Le 30 juin 2019. Or, il a suffit que Vladimir Poutine en rappelle l'importance, voire l'urgence, pour que la panique s'empare de Minsk qui depuis quelques semaines fait tout pour ne rien faire. C'est-à-dire on ne dit ni oui, ni non : on regarde ailleurs.

Poutine n'est pas près d'oublier

Pendant ce temps-là, ça bosse à Minsk pour tenter de prouver combien les deux pays sont différents. Même historiquement. Par exemple, on a trouvé non loin de Minsk une vieille pièce d'échec, probablement un cavalier en os de rêne vieille d'un millénaire.

Bon ! C'est la preuve irréfutable que des Biélorusses jouaient déjà aux échecs alors que Moscou, Vilnius ou Varsovie n'existaient pas encore. Donc, on jouait à un jeu civilisé à Minsk alors que les tribus slaves autour se tapaient encore dessus avec des gourdins.

Tout est bon du côté de Minsk pour faire la différence : on insiste sur la langue biélorusse ; les musiciens qui n'avaient plus droit de cité justement parce qu'ils chantaient cette différence sont désormais encensés : bref Biélorussie, for ever !

Moscou ira-t-il jusqu'à forcer le destin et annexer son voisin ?

Ce n'est pas impossible ! D'abord, Vladimir Poutine est très impopulaire en ce moment : la crise économique perdure, les pétrodollars ne rentrent pas et les Russes n'en peuvent plus.

La manifs perlées se multiplient dans tout le pays. La libération en quatre jours du journaliste Ivan Goulokov sous la pression de quelques milliers de manifestants – il avait fallu 21 mois avant de libérer les Pussy Riots – montre bien la nervosité de Moscou.

Eh puis, il y a la question de la retraite de Vladimir. En 2024, il ne pourra plus se représenter – sauf à violer sa Constitution. Sauf si un poste de super-président est créé pour présider aux destinées de l'Union russo-biélorusse. Et ça c'est irrésistible, non ?

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