Le chanteur, Hachalu Hundessa, a été assassiné par balle en plein Addis Abeba. C'est la jeunesse - les qeerroo - oromo qu'on veut briser.

On part en Éthiopie ce matin, où un chanteur célèbre a été assassiné. Il s'appelait Hachalu Hundessa et avait 34 ans. Il a été clairement assassiné par balle lundi soir à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. Aussitôt sa mort connue, des milliers d'Éthiopiens ont convergé vers l'hôpital où son corps avait été transporté.

Une foule en colère, que les forces de police éthiopiennes ont tenté de disperser à coup de lacrymogènes. Aussitôt Internet a été coupé dans tout le pays, histoire de ralentir la nouvelle de sa mort et les éventuels appels à manifester.

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a immédiatement tenté de calmer le jeu en adressant des condoléances et en promettant de faire toute la lumière sur son meurtre. Mais, puisqu'un chanteur est mort, avant même de continuer, il faut écouter son titre, Jirraa.

Son titre signifie : « Nous sommes là ! ». En fait, pour comprendre le choc ressenti par une partie du pays à l'annonce de la mort d'Hachalu Hundessa, il faut comprendre le sens de ce « nous sommes là ! ». En 2016, l'Éthiopie a connu des manifestations monstres.

Elles étaient conduite par deux minorités nationales : les Oromo et, un peu plus tard, les Amharas. Ensemble, ces deux communautés représentent entre la moitié et les deux-tiers des 100 millions d'Éthiopiens. Or, au cœur de ces manifs, on trouvait les Qeerroo.

C'est-à-dire la jeunesse Oromo. Une jeunesse pour qui la musique de leur peuple est centrale et a accompagné, sinon devancé la mobilisation. Or, Hachalu Hundessa était le porte-voix et porte-musique de cette jeunesse oromo mobilisée.

Un symbole et un militant assassiné

Pour mieux comprendre, il suffit de continuer à traduire cette chanson qui date de 2017, un an après les manifestations qui ont abouti à la chute du Premier ministre précédent et à la nomination d'Abiy Ahmed, un Oromo. Que dit cette chanson ?

« N'attendez pas d'aide extérieure, c'est un rêve qui jamais ne se réalisera. Debout, préparez votre cheval et battez-vous. Vous êtes proche du palais ». 

On comprend mieux qu'avant d'être tué, lundi 29 juin, Hachalu Hundessa ait reçu des dizaines de menaces de mort !

Or cet assassinat ne pouvait tomber au pire moment pour l'Éthiopie : depuis plusieurs semaines, le pays est menacé par l’Égypte, et même le Soudan, d'une intervention s'il s'obstine à vouloir mettre en eau dès la mi-juillet son immense barrage sur le Nil.

Déstabiliser l'Éthiopie

Impossible de l'affirmer sérieusement ! On peut simplement remarquer que si l'on avait voulu déstabiliser l'Ethiopie, on ne s'y serait pas pris autrement. Mais au delà de ces supputations géopolitiques, je voulais plutôt insister sur l'importance de la musique.

La musique africaine n'a jamais cessé d'être politique. On pourrait citer le Nigérian, Fela Kuti, ou la Sud-africaine Miriam Makeba. Mais une nouvelle génération de musiciens s'est levée pour une Afrique très jeune et, parfois, ils paient au prix fort leur engagement.

En effet, le rwandais, Kizito Mihigo, est mort en prison en février dernier. L’Ougandais, Bobby Wine, qui défie le président Museveni, a été plusieurs fois arrêté. Et aujourd'hui, l'idole des Qeerroo oromo, assassiné par balle en Éthiopie.

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