Le gouvernement autrichien vient de publier une carte interactive de l'islam politique avec plus de 600 mosquées et centres culturels. Le scandale a été immédiat et énorme.

Mosquée de Graz, en Autriche
Mosquée de Graz, en Autriche © AFP / ERWIN SCHERIAU

Ça parait incroyable et pourtant le ministère autrichien de l’Intégration – ça ne s’invente pas – vient effectivement de publier une carte des mosquées et centre culturel musulmans du pays qui pratiqueraient un islam politique.

Cette carte répertorie plus de 600 lieux, noms et adresses précis et elle a toutes les apparences du sérieux. Elle a été, certes, préparée par le ministère, mais avec l’aide de l’Université de Vienne et du Centre viennois de documentation sur l’Islam politique. 

Elle a aussitôt déclenché un tollé dantesque. D’abord, parce qu’elle mélange un peu tout et n’importe quoi : des mosquées liées à la Turquie, des centres culturels laïcs pour migrants bosniaques ou albanais, des associations de jeunesse voire des clubs de sport !

Un grave problème de sécurité

Bien sûr ! Certains expliquent que ça revient à désigner quasi officiellement des cibles pour militants d’extrême-droite radicalisés. D’ailleurs, l’Université de Vienne s’est, dès hier, distanciée de cette carte, en demandant qu’on retire son nom.

De plus, l’Autriche est ce pays où, décembre dernier, la police a démantelé un réseau de l’ultra-droite et trouvé à cette occasion une cache contenant 76 fusils automatiques et semi-automatiques, 14 revolvers, 6 grenades et 100 000 munitions !

Un mois plus tôt, le 2 novembre, un terroriste islamiste avait fait 4 morts dans le centre de Vienne, avant d’être abattu. Depuis, l’hostilité envers les musulmans est à la hausse : un tiers des Autrichiens a désormais une opinion négative des musulmans.

Une extrême-droite très puissante

C’est effectivement un pays dans lequel l’extrême-droite a participé deux fois à des coalitions gouvernementales. Mais aux élections législatives d’octobre 2019, accablée par le scandale, elle a perdu 10 points et n’a rassemblé qu'un peu plus de 16% des suffrages.

Reste que sa rhétorique anti-immigrée et antimusulmane perdure dans la politique autrichienne. L’actuel chancelier trentenaire, Sebastian Kunz, ne cesse, par exemple, de mettre en scène son opposition frontale avec le président turc Erdogan.

Or la communauté musulmane autrichienne, qui représente environ un dixième des 9 millions d’Autrichiens, est avant tout d’origine turque. D’ailleurs, ça n’a pas raté : le gouvernement turc a immédiatement protesté contre cette carte « de la honte ».

Toutes les ONG de défense des migrants et les partis de gauche se sont mobilisés en mettant en avant le danger pour la sécurité des musulmans. Mais aussi les autres religions, y compris en Allemagne, où l’Église luthérienne évangélique a exigé que cette carte soit retirée. Aucun résultat pour le moment : la "carte nationale de l'Islam" n’a pas été retirée du site du ministère de l'Intégration.