L'édition 2019 de Spots illustrated édition "maillots de bain" comporte une surprise : une jeune musulmane y pose en burkini et hijab ! La presse américaine n'a pas tardé à réagir

Halima Aden posant en burkini / capture d'écran Instagram
Halima Aden posant en burkini / capture d'écran Instagram © Sports Illustrated

On part aux Etats-Unis, feuilleter un magazine de maillots de bain. Le seul et unique magazine mettant en une et en pages les maillots de bains d'été pour femmes qui vaille ! Le plus célèbre d'entre eux, celui que toute l'Amérique attend tous les ans : le Sports illustrated Swinwear

La Rolls des magazines de jeunes femmes en bikinis et ce depuis 1964. Le magazine qui a suivi toute l'évolution de la mode du bain de soleil et de mer : du bikini donc et du une-pièce suggestif. Le tout porté par les plus prestigieux mannequins du moment.

Il n'y a en Europe qu'un seul équivalent, plus osé : le fameux calendrier Pirelli. Or le « SI », comme on dit aux Etats-Unis sort la semaine prochaine. Les ados américains se frottent les mains, les pères des ados soupirent de nostalgie. Tout le monde l'attend.

Sur la plage abandonnée, burkini et crustacés

D'abord, il faut comprendre que le Sports illustrated édition « maillots de bain » a toujours accompagné l'évolution du regard porté sur les femmes et leur libération aussi. Par exemple ces dernières années, on a vu apparaître des femmes rondes ou ordinaires.

Mais cette année, le magazine a décidé d'aller plus loin encore en mettant en une la première mannequin musulmane en burkini et en hijab, c'est-à-dire la tête couverte. Et les éditeurs ont choisi pour l'illustrer Halima Aden, une jeune Américano-somalienne.

Vous imaginez bien que cette première a immédiatement fait réagir l'ensemble de la presse américaine qui consacre à cette page de « SI » pas mal d'articles. Pour la plupart très élogieux. Il faut dire que Halima Aden y est absolument magnifique.

La presse américaine a trouvé son icône anti-Trump

Non, évidemment. Halima Aden est commentée comme une sorte d'anti-Trump souriante, une façon de démontrer qu'une autre Amérique est possible : une Amérique tolérante et suffisamment à l'aise avec son identité pour y inclure celle d'Halima Aden.

Elle a tout pour appuyer la démonstration : elle est musulmane, arrivée aux Etats-Unis comme réfugiée et elle est devenue célèbre pile au moment où Donald Trump interdisait aux ressortissants de six nations musulmanes, dont la Somalie, d'émigrer aux USA.

Liberté américaine versus liberté à la française

Les articles insistent sur le parcours de cette jeune mannequin, sur le nombre de couvertures de magazines prestigieuses qu'elle collectionnent et sur les défilés de mode où elle est présente.

Le sous-texte est le suivant : voilée ou pas voilée, une femme est libre de ses choix individuels et rien ne saurait la discriminer. On a bien affaire là à deux définitions parfaitement contradictoires de la laïcité en société :  

En France, l'Etat ne reconnaît aucune religion alors qu'aux Etats-Unis, il les reconnaît toutes. En France, c'est donc pas de signe religieux dans l'espace public ; aux Etats-Unis, c'est l'inverse puisque c'est une affaire de liberté individuelle.

Tous les malentendus entre nos deux cultures – latine et anglo-saxonne – sur la place de la religion et la définition de la liberté – individuelle ou collective – viennent de là et se subliment dans ce calendrier Sports illustrated Swimwear, édition 2019.

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