Il s'appelle Nayib Bukele, il a 39 ans et il a réussi à faire s'effondrer le taux d'homicide alarmant du Salvador. Passera-t-il du côté obscur de la force, c'est-à-dire du côté "caudillisme" ?

Direction le Salvador ce matin, pour des élections de mi-mandat. Globalement le système salvadorien est copié sur celui des États-Unis. Donc un président élu et, deux ans plus tard, ce dimanche donc, les législatives. 

Alors pourquoi vous parler ce matin de ce tout petit pays d’Amérique centrale, sur la côte pacifique, à peine trois fois grand comme la Corse pour 6,5 millions d’habitants ?

Parce qu’il est un concentré de toutes les ambiguïtés, les espoirs, et même le rôle des États-Unis, comme parrain régional. Un pays qui a tout pour être un paradis et qui pourtant a frôlé l’enfer.

Un jeune président efficace et populaire

D’abord, il a 39 ans. Ensuite, lors de la présidentielle de 2019, Nayib Bukele a doublé tout le monde au finish ! A la Donald Trump ! Il avait d’ailleurs d’excellentes relations avec la Maison-Blanche.

La différence est que lui a obtenu de vrais résultats pour son pays : en 20 mois, le taux d’homicides au Salvador s’est littéralement effondré. Il est passé d’un des pires taux d’homicides au monde à l’un des plus bas d’Amérique latine !

La population peut enfin prendre le bus et se promener le soir sans craindre d’être pris dans un tir croisé opposants les célèbres gangs salvadoriens dits « maras ».

Police, armée, et homme providentiel

D’abord, il a doublé la présence policière et militaire dans les rues des 20 principales villes où se concentrait la violence. Mais surtout, même s’il refuse de l’avouer : il a discuté avec les gangs afin qu’ils ne règlent plus leur compte sur la voie publique.

Il faut dire aussi que la pandémie de Covid a aussi aidé, coupant les prisons salvadoriennes du reste du pays « pour des raisons sanitaires ». C’est très pratique parce que la plupart des gangs sont contrôlés depuis les prisons du pays.

Reste que les Salvadoriens ne demandaient rien d’autre que cette désescalade de la violence. Du coup, Nayib Bukele est aujourd’hui le leader d’un pays démocratique le plus populaire au monde, avec 96% d’opinions positives.

Tout le pouvoir entre les mains d'un seul homme

Oui et c’est justement là le problème. Depuis qu’il est au pouvoir, il a fait preuve d’un certain autoritarisme qui rappelle de bien mauvais souvenirs. Il déteste la presse indépendante, insulte ceux qui ne sont pas d’accord avec lui et méprise les parlementaires.

Il est de plus très proche des militaires. Lui donner tout le pouvoir aujourd’hui pourrait faire basculer le pays dans le « caudillisme », un travers très sud-américain qui mêle armée, répression et homme providentiel.

Le test viendra très vite : la Constitution ne prévoit – dans sa grande sagesse – qu’un mandat unique de 5 ans pour le président. On verra si avec une assemblée dominée par son parti, Nayib Bukele résistera à la tentation fatale de l’amendement constitutionnel.

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