L'Acqua Alta se retire en laissant derrière elle des dégâts irréparables, comme deux Miró entreposés à même le sol du palais Zaguri. Si l'on ajoute la corruption et des pompages dans la nappe phréatique, on obtient une catastrophe annoncée pour la fin du siècle : la disparition de la Sérénissime.

La Sérénissime sous les eaux : une disparition programmée ?
La Sérénissime sous les eaux : une disparition programmée ? © Getty / Razvan Chisu / EyeEm

Venise, inondée depuis plusieurs jours : L'Acqua Alta – c'est le nom vénitien de ces inondations récurrentes – reflue depuis mardi après avoir atteint un pic de 156cm d'eau et noyé les 2/3 de la Ville des Doges. C'est la 2e fois du siècle et la 5e fois de l'Histoire que la Basilique Saint-Marc est ainsi inondée.

Les Vénitiens ont échappé au pire – à savoir le record de 1966 avec 170cm de crue – mais on n'en est pas loin. Mais le reflux est intervenu trop tard pour deux tableaux de Miró, d'une valeur d'un million d'euros, qui devaient être exposés dans les jours qui viennent.

L'exposition du palais Zaguri n'avait été encore installée, les deux toiles étaient posées à même le sol, emballées et une fuite d'eau a fait le reste. Inutile de dire qu'elles ont immédiatement pris le chemin d'un atelier de restauration à Asti.

Incurie et corruption

On va dire, un peu de malchance et beaucoup de négligence. À l'image de beaucoup de choses en Italie et Venise ne semble pas épargnée par ce « mal italien » fait d'incurie et aussi de corruption. Cette Acqua alta en est une parfaite illustration.

Tout le monde sait à Venise que la ville est construire à quelques centimètres au dessus du niveau de l'eau. Tout le monde sait que la ville s'enfonce de quelques dizaines de millimètres par an. Tout le monde sait aussi que le tourisme de masse n'a rien arrangé.

Bien au contraire : une des raisons de ce naufrage annoncé, c'est que pendant des années, pour répondre à la demande croissante d'eau essentiellement pour les hôtels et les installations touristiques, la ville a trop pompé dans la nappe phréatique...

Le réchauffement climatique et Moïse

Ça a aggravé le phénomène. Même si la ville a arrêté de pomper cette eau souterraine, le mal était déjà fait. Il a fallu imaginer autre chose. Cette autre chose s'appelle Moïse : un système d'écluse hyper-sophistiqué pour empêcher la houle d'entre dans Venise.

Ce système d'écluse, on en parle depuis la fin des années 80. Il y a 30 ans tout juste. L'idée, c'est de contenir l'Acqua Alta à 110cm, 45cm au dessous du niveau atteint mardi. Les travaux ont commencé en 1995 et... ne sont toujours pas achevés.

D'abord parce que le budget initial a littéralement explosé : de 1,7 milliards d'euros à près de 8 milliards d'euros aujourd'hui. De plus, le cercle de corruption était tellement intense autour de cet ouvrage colossal que l'ancien maire a dû démissionner.

Venise en novembre, l'idéal

Les plus optimistes parlent de 2022 ! Sauf qu'une étude technique a montré récemment qu'une partie des équipements déjà installés, à force de ne pas servir, sont déjà corrodés par l'eau de mer. En clair, il va falloir encore dépenser... et beaucoup !

Et le pire, c'est que ces installations pourraient d'être efficace que pour une trentaine d'années, pas plus. Parce inexorablement, la ville s'enfonce, certes, mais la mer monte aussi. Le réchauffement climatique n'épargne pas Venise, évidemment.

Les experts pensent qu'à ce rythme les trois-quart de Venise seront sous les eaux d'ici la fin du siècle. Il nous reste donc 2 générations pour profiter de cette merveille. Alors précipitez-vous, surtout en novembre. Le brouillard sied à merveille à la Sérénissime. 

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