Condamné au Nigeria pour blasphème à 10 ans de prison, un adolescent de 13 ans reçoit le soutien du directeur du mémorial d'Auschwitz Birkenau. Récit.

Photo d'illustration - Un enfant en prière
Photo d'illustration - Un enfant en prière © AFP / STEFAN HEUNIS

Omar Farouq vit dans l’État de Kano, au nord de ce pays de 200 millions d’habitants. Il a été dénoncé par un policier en février, aussitôt incarcéré, et condamné en août à 10 ans de prison pour avoir "insulté le nom d’Allah" lors d’une dispute avec un ami.

Il faut savoir que Kano fait partie d’un total de 12 États nigérians à majorité musulmane possédant des tribunaux religieux. C’est une de ces Cours chargées d’appliquer la sharia qui a jugé l’adolescent. De plus, la Cour de Kano a une réputation lourde de sévérité.

Le même tribunal a condamné à mort en septembre Yahaya Sharif-Aminu, un musicien de 22 ans, pour une chanson sur WhatsApp. Pour lui aussi, le chef d’accusation est le blasphème. 85 000 personnes ont d’ailleurs signé une pétition pour le faire libérer.

La mémoire d'Auschwitz convoquée 

C’est la partie la plus émouvante de cette histoire, évidemment. La nouvelle de l’incarcération de cet adolescent est arrivée jusqu’en Pologne aux oreilles de Piotr Cywinski qui n’est autre que le directeur du mémorial d’Auschwitz–Birkenau.

Il a écrit, il y a quelques jours, une lettre ouverte au président nigérian : "en tant que directeur d’Auschwitz – Birkenau, où des enfants ont été emprisonnés et assassinés, je ne peux rester humainement indifférent à cette lamentable condamnation".

Il a donc proposé de venir lui-même à Kano pour accomplir un mois de la peine à la place de l’enfant. Mais son exemple en a inspiré d’autres, 119 autres exactement, qui eux aussi ont proposé d’accomplir une partie de la peine du jeune Omar Farouq.

Un président nigérian interpellé

Ils viennent de partout dans le monde et ont été rejoints par 150 autres anonymes africains. Surtout, le directeur du mémorial d’Auschwitz ne s’est pas adressé au président nigérian par hasard : Muhammadu Buhari connait le site polonais.

Il l’a visité en 2018, accompagné du même Piotr Cywinski qui se souvient d’un homme ému par le sort des millions de Juifs exterminés. Le président nigérian Buhari n’a pas répondu directement à cette lettre. Il l’a fait passer au gouverneur de l’État de Kano.

Un tribunal civil décidera du sort du jeune garçon

Bien sûr ! Dans le système judiciaire nigérian, ces sentences prononcées par des tribunaux religieux sont toutes susceptibles d’appel auprès d’une Cour civile. Donc la prochaine étape, c’est devant un tribunal civil.

Par exemple, les peines de mort requises devant ces tribunaux sont systématiquement commuées et le plus souvent annulées en appel. La dernière fois qu’un condamné a été exécuté pour blasphème au Nigeria, c’est en 1999, il y a plus de 20 ans.

L’Iran, le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Afghanistan ou encore la Somalie appliquent la peine de mort pour ce "crime". En tout, 71 pays ont encore dans leur législation un crime de blasphème… dont quelques-uns en Europe : l’Italie, l’Espagne et la Pologne.

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