Direction Oxford. Un tableau de la taille d'une carte postale. Le portrait d'un vieil homme barbu et pensif, les yeux baissés, le crâne dégarni, dans les tons bruns, le fond à peine esquissé, la touche fluide, ciselée. Une peinture hollandaise du XVIIe sans aucune discussion.

Et pour tous les admirateurs des peintres de ce Siècle d'or, la patte du plus grand d'entre eux, Rembrandt, semble évidente. 

Seulement voilà, examiné par des spécialistes de renommée internationale, ce petit panneau de bois a été désattribué en 1981. Conclusion, il a passé ces 40 dernières années au plus profond des réserves de l'Ashmolean museum d'Oxford. Au rebut, à peine marqué dans le catalogue sous l'appellation infamante : « dans le style de Rembrandt ».  

Cela ne peut pas être la fin de l'histoire, mais il aura fallu pour changer le destin de ce petit trésor toute la persévérance de la toute jeune conservatrice des arts du Nord de l'Europe de ce musée oxfordien pour redonner un destin à ce tableau honnis, oublié, réprouvé. Cette jeune femme se convainc qu'il ne peut être que de la main du maître. Pour le prouver, elle a l'idée de recourir à une technique récente : la dendrochronologie, qui consiste à analyser le bois pour en déduire l'âge et l'origine des supports peints. 

Bien lui en a pris, l'analyse révèle que, non seulement le chêne dont est issu ce bois peint a été abattu dans la région de la Baltique entre 1618 et 1630 – pile la datation qu'il fallait – mais surtout, la même planche a été utilisée pour d'autres chefs-d'oeuvres. 

Des tableaux de Rembrandt ? Pour au moins l'un d'entre eux : l'Andromède de la Mauritshuis à La Haye mais aussi un Portrait de la mère de Rembrandt par un des élèves du maître, Jan Lievens. Les deux tableaux étant datés de 1630, une époque clé du maître hollandais : il était assez riche pour avoir un atelier - donc des élèves pour l'assister – et surtout, il peignait dans le style du petit petit tableau d'Oxford. 

La question est plutôt, pourquoi ce petit format a-t-il été désavoué dans les années 80 ? La conservatrice a une explication.
En regardant de près, An Van Camp remarque que la tableau a été retouché, abimant l'effet de profondeur et le mouvement donné à la tête du vieillard : autrement dit, les experts des années 80 se sont laissés abuser par une restauration ancienne et ratée. 

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Un nouveau Rembrandt et un musée heureux ?

Ce serait trop simple ! Pour le moment, avec la prudence qui convient, ce portrait a été rehaussé au rang de « école de Rembrandt ».  Reste le Graal : l'attribution au maître. Il faudra d'abord retirer les touches de peinture impies puis il sera apporté au pape : Ernst van de Wetering, le plus grand spécialiste au monde du maître hollandais. 

C'est lui qui a, en 2018 et pour la 1ère fois en 44 ans, authentifié un nouveau chef-d’œuvre de Rembrandt, Portrait de jeune homme, acheté 156 000 € par un collectionneur chanceux. C'est aussi lui qui a rejeté un Portrait de jeune femme appartenant cette fois à un musée de Pennsylvanie et parlant d'attribution fantaisiste et bassement commerciale. 

Un dragon ce Ernst van de Wetering qui va devoir se dédire pour le tableau d'Oxford. Parce que c'est lui – entre autre spécialistes – qui l'avait expertisé et désattribué en 1981. Mais s'il reconnaît son erreur, ce délicieux petit Portrait de vieil homme barbu deviendra officiellement le 343e tableau certifié de la main de Rembrandt.