Une loi "d'ordre public" réprimait les femmes pour port de pantalon ou pour avoir dansé. Elle vient d'être abolie. C'est une victoire pour une révolution pacifique qui fête sa première année dans quelques jours.

Manifestation au Soudan
Manifestation au Soudan © Getty

Direction le Soudan ce matin, avec une excellente nouvelle pour les femmes. L'abolition d'une loi dite "d'ordre public" qui donnait depuis plus de 30 ans des pouvoirs exorbitants aux forces de l'ordre, et précisément contre les femmes. Sous l'empire de cette loi d'exception, il était expressément interdit aux femmes : de danser, de porter des pantalons (les contrevenantes risquaient jusqu'à 40 coups de fouet) mais aussi de vendre dans le rue, ou encore de se mêler aux hommes. De plus, la loi en question était suffisamment vague pour permettre tout et n'importe quoi…

Une loi parfaitement arbitraire que la dictature d'Omar el Bashir justifiait en termes religieux et qui permettait d'arrêter n'importe quelle femme et de la traîner illico devant un tribunal spécial. Une loi en plus qui tapait dur parmi les plus pauvres. Un gain de la révolution soudanaise...

Un gain pour la révolution

Exactement, une façon de rendre hommage à ces Soudanaises qui ont été le cœur battant de cette révolution pacifique qui a presque un an. A partir de décembre 2018, tout le Soudan s'est jeté à la rue pour réclamer la chute d'Omar el Bashir.

C'était chose faite en avril 2019. Mais les Soudanais n'ont pas cessé de manifester pour autant : il voulait la fin du système Al Bashir et pas seulement sa tête. Or, dans certaines manifestations, les femmes comptait pour deux tiers des manifestants.

J'avais parlé d'ailleurs ici de cette incroyable mobilisation des Soudanaises. Souvenez-vous de cette femme vêtue de blanc de 22 ans qui haranguait la foule : elle s'appelle Alaa Salah, elle est étudiante en architecture et elle est devenue l'icône de la révolte.

Les Soudanaises à la pointe du combat

Ça ne pouvait pas être pire de toutes façons que ce régime ultra-conservateur qui, en plus, sous prétexte d'appliquer la charria, les maintenaient dans une éternelle minorité juridique. L'actuel 1er ministre Abdalla Hamdok, leur a d'ailleurs rendu hommage : "à ces femmes", a-t-il twitté, "qui ont enduré les pires atrocités à cause de l'application de cette loi". Mais ce n'est pas encore gagné : il n'y deux deux femmes sur 15 membres du Conseil suprême, cet organe exécutif qui a pris la relève de l'Etat.

Et au sein du gouvernement d'Abdalla Hamkok, on ne compte que quatre ministres femmes sur 18. Il reste encore un arsenal de lois dites "pudibondes" qui répriment l'adultère, dictent le code vestimentaire ou moral à appliquer aux femmes en priorité.

Les "kandaras" sont dans la rue

Oui et non ! D'une part, elle n'a été obtenu, cette abolition, que parce que les femmes ont continué à manifester, mettant la pression sur le régime transitoire. Ensuite, parce qu'en plus d'abolir cette loi, le Conseil suprême en a profité pour dissoudre le PCN : le Parti du congrès national. En clair, le parti unique d'Omar el Bashir. Un état dans l'Etat. 

Et la meilleure preuve que cette abolition n'avait rien de symbolique, s'est passée le 25 novembre dernier, dans les rues de Khartoum, la capitale soudanaise : pour la première fois depuis des décennies, les Soudanaises ont manifesté pour la Journée internationale contre les violences faites aux femmes. Les Soudanaises sont décidément toutes des "kandara", du nom de cette reine nubienne puissante et rebelle.

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