Monseigneur Bransfield menait grand train : rénovation somptuaire de sa résidence, voyage autour du monde en jet privé, soirées intimes avec de jeunes séminaristes... Le Vatican a fini par mener l'enquête.

Photographie de Monseigneur Michael Bransfield datant de 2010, il préside une office.
Photographie de Monseigneur Michael Bransfield datant de 2010, il préside une office. © Getty / Katherine Frey/The Washington Post

Direction donc la Virginie occidentale et plus précisément à Wheeling, une très riante cité bordée par le fleuve Ohio, sur les contreforts des Appalaches. Wheeling a été la 1ère capitale de cet Etat et est demeurée le siège de l'évêché.

Monseigneur Michael J. Bransfield, qui y a officié de 2005 à 2018, a beaucoup fait pour le décorum et le prestige de son poste. En 2005, il a par exemple fait entièrement rénover le manoir de style néo-colonial de 850 m2 que l'Eglise mettait à sa disposition.

En quelques années, ce qui devait être une modeste remise à neuf est devenu un gargantuesque chantier pour assouvir l'ensemble des caprices statutaires de Son Excellence, Monseigneur Bransfield : en tout l'Eglise a dépensé plus de 4 millions d'euros.

Denier du culte mal orienté

D'abord, hommage au Washington Post qui a réussi à se procurer un rapport d'enquête confidentiel ordonné par le Vatican. Quant aux dépenses, ça va vite : une table de salon pour près de 18 000 euros ; un cellier à vin pour plusieurs centaines de bouteilles ; un rideau d'arbres dans le parc de 3 hectares pour camoufler la nationale non loin ; un bassin à poisson et une cascade d'eau ; du gazon partout ; mais aussi une salle de bain immense avec douche à triple jet et sol chauffant pour ses petits petons ; sans même parler du sous-sol entièrement creusé et aménagé avec, pour modèle, la salle de jeu de l'acteur Bob Hope qu'il avait eu la chance d'apercevoir lors de ses funérailles : bar, salle de télévision, salle de jeu le tout sur près de 200 m2.

Des enveloppes de cash pour prélat et prêtres

Il était généreux, Monseigneur Bransfield : le rapport précise qu'il a distribué des années durant des enveloppes de cash à des dizaines de prêtres et de prélats – dont au moins deux papes, Benoit XVI et Jean-Paul II – directement pris sur le compte épiscopal.

Donc l'Eglise a regardé ailleurs. Elle n'a pas trouvé à redire aux voyages autour du monde, souvent en jet privé, pour lesquels le prélat a dépensé plus de 2 millions d'euros en 13 ans sacerdoce ; ni au 340 000 € dépensés chaque année pour son train de vie.

Elle n'a même pas tiqué lorsque Mgr Bransfield a choisi lui-même sa future résidence de retraite, en 2013. Il venait d'avoir 70 ans : une maison de ville de 167 m2 avec fenêtre fumée, chapelle privée, tapis persans et douche à triple jet : 620 000 € de travaux.

Mgr Bransfield aimait impressionner les jeunes séminaristes

Peut-être Rome a-t-il commencé à tiquer lorsque le Monsignore fantasque à décidé, travaux fait, de finalement laisser tomber la maison de ville – trop petite pour lui et son secrétaire privé – pour un ranch solitaire qu'il voulait acheter pour 600 000 € hors tout !

Non, la vraie raison qui a conduit Le Vatican à mener l'enquête, c'est lorsque de très nombreuses plaintes d'agressions ou de tentatives d'agressions sexuelles sur de jeunes séminaristes ou prêtres ont commencé à remonter jusqu'à Rome : là c'était trop !

Monseigneur Bransfield voulait impressionner ces jeunes curés de campagne, jute sortis du séminaire, avec son train de vie, son sous-sol aménagé, ses tapis et les photos de lui avec au moins trois papes : il a fini démis, ridiculisé et à la Une du Washington Post.

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