C'est un professeur d'université américain qui est parvenu à calculer à force de comparaison le chiffre de l'inflation vénézuélien. Un chiffre confirmé par un indice étonnant, celui de la "tasse de café au lait". Mais derrière ce chiffre, c'est tout un pays qui souffre.

Tasse de café au lait
Tasse de café au lait © Maxppp / Laurence Mouton/AltoPress

Il a fallu toute la pugnacité et la résilience d'un professeur d'université étasunien pour parvenir à calculer l'inflation vénézuélienne. Il s'appelle Steve Hanke et travaille à la John Hopkin's University de Baltimore. Cela fait plus de 20 ans qu'il suit les prix vénézuéliens pour ses étudiants.

Il faut dire, avant tout, qu'il n'a pas la vie facile. Cela fait plus de deux ans que la Banque centrale vénézuélienne ne publie plus de statistiques : le Vénézuéla est un des seuls pays au monde pour lequel il n'existe pas de données officielles.

Mais ça n'a pas découragé notre professeur. Pour la revue Business Insider, il a publié les derniers résultats de ses recherches, c'est-à-dire le chiffre actualisé de l'inflation. Elle s'élève, écoutez-bien, à 41 838% par an ! C'est un record mondial historique absolu !

Un chiffre supérieur à celui du Zimbabwe des années 80 !

Il n'y a pas moyen, c'est une moyenne effectuée à partir de produits encore disponibles. Mais un indice l'a tout de même aidé. Il s'agit de l'indice « café con leche » - café au lait – créé par l'agence Bloomberg il y a deux ans.

Il y a deux ans, à Caracas, une tasse de café au lait, coûtait 450 bolivars, la monnaie locale. Aujourd'hui, elle coûte un million de bolivars. Ce qui signifie une augmentation de 43 378 %. Or l'essentiel de cette inflation a été enregistrée cette année.

Dans un contexte pareil, le gouvernement a bien tenté d'agir. Il a réuni les producteurs de produits de base qui opèrent encore dans le pays pour les sermonner et les inciter à fixer le prix d'un panier de base composé de 50 produits.

Contrôler les prix : mission impossible

Le premier plan de ce genre a été mis en place par Hugo Chávez en 2013 sur 18 produits. Aussitôt, les produits en question ont disparu des étals pour alimenter le marché noir en dollars.

C'est comme cela que la population n'a plus vu de papier toilette, de couches, de shampooing ou de jus de fruits frais. Cinq années plus tard, les mêmes causes produiront les mêmes effets : la disparition de ces produits, souvent importés, des magasins.

Même l'augmentation récente des prix du pétrole ne profite pas au Vénézuéla. En quelques mois, le baril a augmenté de 64%, pour le plus grand bonheur de l'Arabie saoudite ou de la Russie, qui voient leurs déficits se réduire et leur caisses se remplir.

Le Vénézuéla est assis sur les premières réserves de pétrole au monde

Si l'économie fonctionnait normalement, le Vénézuéla devrait aussi en profiter ! Après tout, le pays dispose des premières réserves pétrolières au monde, devant l'Arabie Saoudite. De plus, aucun embargo pétrolier ne pèse sur Caracas.

Il faut aussi souligner que les Etats-Unis achète l'essentiel du pétrole vénézuélien. Donc pas d'embargo, un client solvable et qui ne demande qu'à augmenter ses emplettes : tout devrait aller pour le mieux malgré les discours anti-impérialistes.

Sauf que Caracas a réduit de moitié sa production en un an, faute d'investissement et de capacité de production. Même la Chine, qui prêtait jusqu'à présent en échange de livraisons de pétrole, a décidé d'arrêter les frais tant le pays est mal géré et ruiné.

Le Vénézuéla chaviste s'est ruiné donc tout seul. Washington a toujours refusé d'imposer un embargo pétrolier, tout simplement parce que ça mettrait au chômage technique ses propres raffineries sudistes, réglées sur le pétrole vénézuélien.

Le pire est que cette hyperinflation enrichit les militaires et les chavistes qui ont accès au dollar ! Un dernier chiffre, histoire de bien comprendre : il y a 20 ans, le pays comptait 500 000 entreprises : elles ne sont plus que 280 000 aujourd'hui, moitié moins.

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