Les Russes ont voté hier pour un référendum que l'opposant Alexei Navalny a qualifié de "farce". Mais dans l'ensemble des amendements constitutionnels adoptés, un sur la primauté de la langue russe inquiète les minorités linguistiques russes.

Histoires du monde 02-07

Direction la Russie ce matin qui a dit « oui » à Vladimir Poutine. Ce sera donc « Poutine for ever ». Pour tout dire, on savait dès le matin de cette dernière journée de vote que plus de la moitié des Russes s'était déplacée.

Et à 15h, heure locale, cinq bonnes heures avant la fin du scrutin à Moscou, la Commission électorale russe publiait déjà les premiers résultats : 74% de « oui ». Vladimir Poutine pourra donc rester au pouvoir jusqu'en 2036 : il aura alors 84 ans !

Certains ont souligné que ce « score » de 74% obtenu par le maître du Kremlin ne devait rien au hasard : il avait lui-même obtenu exactement le même score en 2018 pour l'élection présidentielle !

Une popularité en berne mais un résultat immuable

Depuis plusieurs mois, la popularité de Vladimir Poutine est en baisse constante. Vladimir Poutine, vexé, a voulu y apporter une sorte de démenti personnel : les trois-quarts des Russes lui faisaient confiance en 2018 et encore aujourd'hui !

C'est ce genre de « coincidence » chiffrée qui fait dire à Alexei Navalny, le principal opposant du Kremlin, qu'on avait affaire à une « sinistre farce ». C'est encore plus évident lorsqu'on regarde le détail des amendements votés hier :

Pour ou contre l'inscription des retraites dans la constitution, le mariage défini comme l'union d'un homme et d'une femme et, peut-être le plus grave, la primauté de la langue russe.

22 républiques autonomes, 15 langues officielles

Le reste est un peu folklorique et le but est que les Russes disent au moins « oui » à l'une des propositions, histoire de faire passer toutes les autres. Mais l'article qui explique que, je cite, « le Russe est la langue du peuple constitutif de l'Etat » change tout.

La Russie issue de la chute de l'Union soviétique est un Etat fédéral mais surtout pluri-culturel et plurilingue. On y compte 22 républiques autonomes – dont la Crimée reprise en 2014 à l'Ukraine – et 15 langues co-officielles.

La langue russe n'étant jusqu'à présent qu'une sorte de « primus inter pares ». Or le Kremlin n'a eu de cesse d'affaiblir ces langues régionales. En 2017, premier coup de semonce : l'apprentissage de ces langues devenait facultatif sur leur propre territoire !

Le Tatar en sursis ?

Or cet amendement donne à ce qui n'était jusqu'à présent qu'une politique discriminatoire, une valeur constitutionnelle. Vladimir Poutine a, en fait, en tête la bonne vieille trilogie nationaliste russe : « une langue, une religion, une nation ».

Prenez le cas du Tatar, par exemple. Il est parlée par 5 millions de Russes et c'est la 2e langue du pays. Depuis 2017, il est est donc facultatif au Tatarstan d'apprendre le tatar à l'école mais, par exemple, obligatoire d'y apprendre l'anglais ! Ubuesque !

Si vous ajoutez par ailleurs le fait que les Tatars sont musulmans, vous obtenez tous les ingrédients d'une discrimination présente et à venir. Une discrimination qui, en plus, est adoubée par un amendement constitutionnel adopté à la va-vite un soir de juillet 2020.

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