Partout dans le pays, les Russes manifestent contre un augmentation de la taxe sur le ramassage des ordures ménagères mais surtout contre la création de dizaines de décharges à ciel ouvert. Récit.

Des ordures ménagères (photo d'illustration)
Des ordures ménagères (photo d'illustration) © Getty / Thanit Weerawan

Direction la Russie on assiste depuis plusieurs mois à une « révolte des ordures ». Une révolte citoyenne et particulièrement préoccupante pour le Kremlin, parce qu'elle n'a, en soi, rien de politique. C'est une sorte de crise des "gilets jaunes" version russe. D'abord, comme les "gilets jaunes", elle mobilise cette réforme des Russes du commun.

Ensuite, comme les "gilets jaunes", tout a commencé en janvier par l'augmentation d'une taxe dite « écolo » : celle pour financer le ramassage des ordures ménagères. Puis cette protestation fiscale s'est doublée d'un profond sentiment d'injustice.

En plus de la taxe, les autorités russes, confrontées à une véritable crise du traitement des déchets ménagers moscovites, ont décidé non pas de traiter mais de déplacer le problème : en l’occurrence vers une dizaine de décharges à ciel ouvert autour de Moscou.

Les futures villes-décharge manifestent

Le problème est même devenu national parce que, devant la résistance des banlieusards moscovites à voir des montagnes d'ordures s'accumuler sous leurs fenêtre, le pouvoir a eu l'idée d'aller plus loin : en Sibérie. A Arkhangelsk exactement.

Là-bas, la résistance est carrément passée au niveau de l'affrontement. Pas plus tard qu'il y a deux jours, le Kremlin a envoyé sur place des troupes de la Garde nationale. Des soldats d'élite qui ne plaisantent pas avec le maintien de l'ordre.

Pourquoi il y a deux jours ? En prévision de l'accord définitif des autorités visant à y installer une super-décharge et donc, pour protéger les premiers travaux de terrassement. Mais les manifestants ne baissent pas les bras : au contraire.

Des enfants intoxiqués 

Des arrestations, oui. Des victimes, non. Sauf peut-être ces 200 habitants de la petite ville de Volokolamsk, dont une cinquantaine d'enfants, qui ont dû être hospitalisé en mars 2018 après avoir été intoxiqués par des gaz en provenance de la décharge.

Mais ce cas est loin d'être isolé : à Klin, au nord-ouest de Moscou, les ordures accumulées dans la décharge locale sont déjà haute comme un immeuble de 6 étages et comme l'école est à 400 mètres, les parents retirent leurs enfants en cas de vents contraires.

Ce qui ajoute à la colère des habitants, dont le slogan est « la Russie n'est pas une poubelle », c'est que des proches du pouvoir s'enrichissent sans vergogne : le fils du procureur général de Moscou vient ainsi décrocher un contrat de 500 millions de dollars.

La corruption n'est jamais loin

La corruption peut-être pas, mais la corruption ajoutée à l'incurie et à à la mise en danger de la vie de milliers d'habitants, juste pour déplacer des ordures plutôt que de les traiter, ça fait beaucoup : la Russie ne recycle que 4% des ses ordures ménagères.

En France, qui n'est pas un bon élève, c'est 40% et l'Allemagne, 70%. Surtout, les exemples cette corruption endémique sont quotidiens. Par exemple, la mairie de Moscou décide de restaurer une fontaine emblématique de la ville : celle dite des « fleurs de pierre », de 1954. Ça va coûter une quinzaine de millions d'euros. Rien de scandaleux, sauf lorsqu'on compare : les travaux de restauration de la Fontaine de Trevi, à Rome – un joyau du XVIIIe siècle – ont coûté 8 fois moins cher

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.