La presse espagnole est catastrophée.

Catastrophée par un résultat qui, en aucune manière, ne peut refléter la réalité de la question de l'indépendance – il n'y a pas en Catalogne Espagnole 90% de votants en faveur de la sécession – et catastrophée pour la suite des événements.

C'est en tous cas le sentiment que l'on a ce matin en lisant, par exemple, l'éditorial d'El País, le grand quotidien de centre-gauche madrilène, dont le titre est explicite et parle ce matin : « d'insurrection » et d'une « journée honteuse » vécue par les Catalans.

A qui la faute ? D'abord et avant tout à « l'arrogance xénophobe » que Carles Puigdemont représente mais aussi la faute à « l'absolue incapacité du Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, de gérer le problème et ce depuis le début de cette crise ». El País qui, par ailleurs, refuse de renvoyer dos à dos les deux camps :

Qu'il soit bien clair que la responsabilité de cette destruction colossale de de notre démocratie que nous mettrons des années à surmonter est avant tout celle du gouvernement catalan.

El País le qualifie de « factieux » et lui reproche « d'avoir fait preuve d'un incroyable sectarisme » et d'un « mépris pour la constitution espagnole, pour le statut d'autonomie de la Catalogne, pour les représentants de la démocratie et pour la loi commune ».

Rien qui ne vient apaiser le débat donc, surtout pas lorsqu'on lit les éditoriaux des quotidiens plus à droite, comme ABC, le quotidien monarchiste par excellence, qui carrément compare les autorités catalane aux putschistes du 23 février 1981, qui étaient entrés armés dans le parlement espagnol!

Les séparatistes catalans comme Puigdemont, le président de la généralitat catalane, ne sont certes pas entrés dans l'hémicycle pistolet en main, mais ils ont bel et bien attaqué la constitution, la souveraineté nationale et même la rue catalane.

L'ensemble de nos institution et les citoyens catalans ont été menacées de violence pour leur obstination à perpétrer une consultation illégale aux conséquences dramatiques. Ils l'ont fait en utilisant l'argent de tous les Espagnols. Quelle félonie !

Des putschistes, des traîtres à la démocratie, des irresponsables prêts à semer le chaos dans un délire séditieux pour lequel ils ne disposent même pas d'une majorité qualifiée au sein de leur propre Parlement régional. Et ils osent parler d'oppression espagnole ?

La presse est sans nuance ce matin

Pour ou contre mais avec des mots, des jugements, des insultes que j'ai rarement lu. Le quotidien en Ligne Público, plutôt classé à gauche, s'en prend d'ailleurs à ces « éditorialistes de salon » qui en rajoute.

El País, la veille du scrutin, écrivant sur cinq colonnes, que « Carles Puigdemont jette la population contre l'Etat espagnol », un titre que l'éditorialiste compare à celui du quotidien ultra-conservateur La Razón qui lui écrivait hier :

Les autorités catalanes utilisent des enfants comme boucliers humains !

Un sommet de désinformation et d'appel au pire, selon cet éditorialiste qui parle d'un naufrage du journalisme espagnol et refuse « les tranchées » que certains s'amusent à creuser à forme de mots prononcés par des pyromanes et des vendeurs de fumées.

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