Au coeur d'Athènes, le quartier d'Exarchia a toujours été bohème et révolutionnaire. Une sorte de "commune libre" que l'actuel gouvernement voudrait normaliser. Et il s'en donne les moyens...

Policiers se préparant à évacuer des immigrés réfugiés dans un immeuble d'Exarchia
Policiers se préparant à évacuer des immigrés réfugiés dans un immeuble d'Exarchia © Maxppp / Pantelis Saitas

On part en Grèce ce matin, pour une gigantesque opération de police : il s'agit ni plus ni moins que de vider d'une partie de ses habitants le cœur même d'Athènes. Depuis vendredi dernier et tout le weekend, des centaines de policiers et de gendarmes anti-émeutes ont encerclé Exarchia avec échauffourées à la clé.

Or Exarchia est célèbre pour ses cafés, ses librairies et ses intellos qui refont le monde... un monde de gauche, voire d'extrême-gauche. Parce qu'Exerchia, avec ses petites rues qui dévalent du mont Lycabette, bordé par le musée archéologique, ou la célèbre école polytechnique, c'est aussi une sorte de commune libre où règnent les groupes d'extrême-gauche.

Des immeubles entiers y sont squattés, les propriétaires y ont été parfois expulsés et, lorsqu'en 2015, la Grèce a été submergée par une vague de réfugiés et de migrants venus de Syrie, d'Afghanistan ou d'Irak, c'est à Exerchia qu'ils ont trouvé refuge.

Exarchia, quartier emblématique de la gauche radicale

Oui, mais tout est toujours plus compliqué en Grèce qu'une impressionnante opération de police. En fait, Exarchia est plus qu'un quartier : c'est la Grèce de ces 50 dernières années résumée. En 1973, la révolte contre le régime des colonels a commencé là.

Le 17 novembre 1973, des étudiants de l'école polytechnique s'y retranchent et, entre autres, lancent une radio pirate dont le célèbre « ego polytechnia », « ici polytechnique » allait devenir le cri de ralliement et le début de la fin pour la dictature grecque.

Le soulèvement de polytechnique allait coûter leur vie à 23 personnes, tout de même ! Depuis lors, il est d'ailleurs interdit aux forces de l'ordre d'entrer dans une université.

Le jeu du chat et de la souris avec la police

Sauf que le nouveau Premier grec, Kyryakos Mitsotakis, a fait voter une loi en juillet autorisant la police à entrer dans les facs et les écoles. Il faut dire que les militants les plus radicaux se réfugiaient dans ces établissements et y vivaient !

A l'école polytechnique, par exemple, on vous apprend à devenir un ingénieur au 1er étage, et au rez-de-chaussée, à fabriquer des cocktails Molotov ou des techniques de résistance aux forces de l'ordre. Puis vous passiez aux travaux pratiques le weekend.

Parce que, depuis des décennies, les forces de l'ordre encerclent Exarchia et sont harcelées par les militants anarchistes, trotskistes, communistes... ce que vous voulez. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le quartier fait l'objet de tentatives d'évacuation.

La politique grecque, une affaire de familles

Là encore, il faut replonger dans l'histoire moderne qui, en Grèce, se mêle souvent d'histoire familiale. L'actuel Premier ministre est le fils d'un ancien Premier ministre grec : Konstantinos Mitsotakis.

Konstantinos a eu plusieurs enfants, dont Kyryakos et Dora. Dora Bakoyannis. Or, le mari de Dora, le député Pavlos Bakoyannis a été assassiné en 1989 par un groupe terroriste d'extrême-gauche appelé « 17 novembre ». Vous vous souvenez le 17 novembre 1973 ?

Un groupe dont le refuge naturel était Exarchia. Pour la famille Mitsotakis – Bakoyannis, Exerchia est une sorte de blessure personnelle et historique qui suinte encore en plein cœur d'Athènes.

Et devinez qui prend ses fonctions de maire d'Athènes aujourd'hui ? Kostas Bakoyannis ! Le fils de Dora et de Pavlos, le député assassiné, et donc le neveu du l'actuel Premier ministre qui, en vidant Exarchia, vient de lui faire un cadeau à plusieurs couches.

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