La crypte où repose Benito Mussolini a été fermée aux visiteurs par la famille. A l'aide d'un simple cadenas. Les commerçants de Predappio se rebellent, eux qui vivent du tourisme fascisant.

La crypte de Mussolini
La crypte de Mussolini © Getty / Antonello NUSCA

On part en Italie où les Mussolini ont décidé de fermer la crypte familiale : un cadenas, une affichette et c'est fini ! Depuis quelques jours maintenant, la famille Mussolini a décidé de fermer la crypte de Predappio où sont inhumés depuis 1957 les restes de Benito Mussolini, le dictateur fasciste de l'Italie entre 1922 et 1945.

Du coup, les fascistes italiens qui, le 25 mars dernier, commémoraient le centenaire de la fondation de leur mouvement fasciste, ont trouvé porte sépulcrale close. Impossible de déposer des fleurs ou de lever le bras ensemble devant la tombe de leur héros.

Depuis, la colère monte à Predappio. Les 6 500 habitants vivent en effet de ce tourisme fascisant. Cent mille personnes à l'année, tout de même ! Rien que dans la rue principale, il y a 3 magasins de souvenirs entièrement dédiés au Duce et au fascisme.

La famille ne veut plus assumer seule les coûts d'entretien 

La famille – en l'occurrence la petite-fille du dictateur, Edda Negri Mussolini – explique qu'elle vient tout juste de restaurer à ses frais la crypte. Qu'elle n'a pas l'intention de recommencer cette opération trop souvent : donc fermeture en attendant.

En attendant quoi, me direz-vous ? En attendant, par exemple, que la municipalité de Predappio, qui bénéficie directement du séjour des fans du Duce venus se recueillir, veuille bien mettre la main à la poche.

Or, c'est précisément un compromis impossible. Parce que Predappio est un bastion communiste dans une région l'Emilie-Romagne, qui est elle-même une région traditionnellement acquise aux communistes italiens.  

Mussolini inhumé dans une région et une ville communistes

Ah l'Italie et ses contradictions ! Non seulement Predappio est une ville communiste mais elle l'est depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sans interruption. En 1957, lorsque les restes de Mussolini ont été déposés-là, toute la ville a protesté, évidemment.

Le 27 décembre 1971, une tombe contenant 4 kilos d'explosif a même totalement détruit la crypte. Un attentat qui marquait le début des « années de plomb » italiennes où des dizaines d'autres allaient ensanglanter le pays.

Mais la crypte reconstruite, les années de plomb s'éloignant, les communistes de Predappio ont fini par plier devant l'afflux de touristes et surtout les recettes du petit-commerce, de la restauration et de l'hôtellerie qui signifient aussi des taxes qui rentrent.

Les prochaines municipales devraient départager tout le monde

C'est encore plus retors que cela : dans 2 mois exactement auront lieu des élections municipales à Predappio. Or, selon les sondages locaux et pour la 1ère fois depuis 70 ans, les Communistes risquent de perdre leur bastion, à savoir la mairie.

Et qui, à votre avis, récupérerait la mise, selon ces mêmes sondages ? La Lega, le parti de Matteo Salvini, qu'on dit populiste mais dont le chef ne cesse de faire des allusions à peine cachées – pas du tout en tous cas pour les Italiens – à Mussolini.

Alors si, pour le prix d'un cadenas, la famille Mussolini peut faire d'une pierre deux coups : à savoir se débarrasser de ces fâcheux de communistes et favoriser l'élection d'un parti plus favorable à leur aïeul, pourquoi se priver d'un si modeste investissement ?

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