De l'Irak au Liban en passant par l'Iran lui-même : partout le régime des mollah est perçu comme une partie du problème dans les révoltes qui agitent ces trois pays.

Les manifestants irakiens se rassemblent autour du consulat de l’Iran à Najaf, le 27 novembre 2019
Les manifestants irakiens se rassemblent autour du consulat de l’Iran à Najaf, le 27 novembre 2019 © AFP / HAIDAR HAMDANI

On part en Irak, où le Premier ministre a démissionné en fin de semaine dernière. Encore fallait-il que le Parlement accepte cette démission, ce qui est chose faite depuis dimanche. Reste à trouver un remplaçant à Adel Abdel Mahdi, ce qui n'a rien d'une sinécure : la dernière fois, en 2018, il avait fallu cinq mois de négociations pour y parvenir.

Pourquoi cette démission ? Parce que depuis le 1er octobre, le sud chiite irakien et les quartiers chiites de Bagdad se sont révoltés. Il exige, ce peuple chiite, la fin de la corruption, des emplois, des écoles, des hôpitaux, des routes, des centrales électriques et de l'eau potable pour tous. Mais aussi et surtout la fin de l'influence iranienne.

Et pour la première fois depuis longtemps, sur ce mot d'ordre anti-iranien - et, au fond, national – les sunnites irakiens qui jusqu'à présent étaient en retrait se sont solidarisés avec ce mouvement et ses 400 morts et 8 000 blessés.

Une très mauvaise nouvelle pour l'Iran

Oui parce que, dans le même temps, le Liban, l'autre pays de la région où l'Iran a une influence prépondérante, connait le même genre de révolte populaire et massive et ce depuis des semaines. Avec beaucoup de ressemblances : 

  • comme en Irak, les Libanais exigent la fin du système confessionnel de répartition du pouvoir ; 
  • comme en Irak, ils en ont assez de la corruption et de l'incurie des élites ; 
  • comme en Irak, ils dénoncent l'influence de l'Iran et ils ont eu la tête du Premier ministre.

Même grille de lecture en Iran ! Des émeutes ont éclaté dans plus d'une centaine de villes petites et moyennes, dans des régions conservatrices, comme le Khuzestan, et on compte au bas mot 200 morts. Or, contrairement aux autres soulèvements de 1999 ou de 2009, ces révoltes s'en sont pris bille en tête au Guide suprême, voire à des statues de Khomeini.

Une augmentation brutale du prix de l'essence

Une taxe sur WhatsApp au Liban ou le prix de l'essence en Iran : chaque fois une broutille. Par exemple : le litre d'essence en Iran, c'est 8 centimes d'euros. Même en l'augmentant de 50%, ça n'explique pas de pareilles émeutes.

C'est donc plus profond et le point commun des trois soulèvements iranien, irakien et libanais, c'est  bien le rejet du régime iranien. Depuis 40 ans, Téhéran a construit la puissance du Hezbollah au Liban, depuis 15 ans, celle des milices chiites en Irak.

En Iran même, les milices bassidji ou les Gardiens de la révolution ont la haute main. Or la question n'est plus la sécurité du Liban, de l'Irak ou même de l'Iran ; la question est le chômage, l'inflation, la corruption. Et là, l'Iran devient partout une partie du problème.

Enfin, ceux qui disent que le printemps arabe a été un échec n'ont pas le sens de l'Histoire : ces révoltes ont commencé en 2009 en Iran, se sont étendues en 2011 au monde arabe et en 2019 en Algérie, au Soudan, en Irak, au Liban et à nouveau en Iran.

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