Imaginez San José del Guaviare, une ville fluviale sans charme de 60 000 habitants, en plein cœur de la Colombie. Imaginez vous en éloigner un peu pour rejoindre la Serranía de Lindosa, un parc protégé de 20 000 hectares au bord de la forêt amazonienne.

Détail de l'art rupestre du Cerro Azul, en Serrania La Lindosa - déclaré site archéologique protégé de Colombie en mai dernier - dans le département de la jungle amazonienne de Guaviare, en Colombie, le 2 juillet 2018.
Détail de l'art rupestre du Cerro Azul, en Serrania La Lindosa - déclaré site archéologique protégé de Colombie en mai dernier - dans le département de la jungle amazonienne de Guaviare, en Colombie, le 2 juillet 2018. © AFP / Diana Sanchez

Des lianes, des sous-bois impénétrables, des singes aussi et une suite de falaise qui font de cet endroit un des trésors de l'archéologie mondiale. Ce parc, c'est une terre promise pour la paléontologie mais surtout pour l'étude des peintures rupestres.  Parce que sur la surface de protubérance rocheuse ou en haut même de ces falaises gigantesques, des centaines, des milliers de peintures d'animaux, de mains d'hommes au pochoir, de dessins géométriques, de représentation humaines. 

Des peintures découvertes il y a plus de 30 ans

C'est ce qui est fascinant avec cette histoire : ces fresques pariétales ont été repérées pour la 1ère fois il y a plus de trente ans par un archéologue colombien. La nouvelle avait fait le tour du monde : une sorte de Lascaux amazonien venait d'être mis à jour !  Seulement voilà, ce territoire se trouvait en pleine zone de combat, d'abord sillonnée par les paramilitaires, puis territoire de la guérilla des FARC qui, en plus, protégeaient les routes de la coca qui se cultivait dans la région et partait de là pour le littoral. 

Bref, impossible pendant donc plus de trente ans, de faire la moindre campagne de fouilles ou même d'approcher ces merveilles. Il a fallu attendre que le conflit se résolve, à compter de 2015, pour envisager les premiers travaux de reconnaissance. 

On a retrouvé ces fameuses fresques

On a retrouvé celles-là, bien sûr. Mais surtout, on en a trouvé d'autres, beaucoup d'autres. Des dizaines d'autres. Tellement que le gouvernement colombien a dû voir large : voilà pourquoi le « parc archéologique national » fait aujourd'hui 20 000 ha !  Mais le plus passionnant, c'est qu'on a enfin pu dater ces fresque admirables. Jusqu'à présent, vu la technique utilisée : des peintures au manganèse couleur ocre, on soupçonnait qu'elles pouvaient être ancienne. Mais impossible de les dater précisément.  Il a fallu pour y parvenir faire travailler des spécialistes de paléobotanique, capables de trouver puis dater dans le sol des pollens, des poussières... 

Bref des éléments microscopiques. Résultat : certaines de ces fresques ont plus de 12 000 d'âge.  

 Vue de l'art rupestre sur la colline de Cerro Azul en Serrania La Lindosa dans le département de la jungle amazonienne de Guaviare, en Colombie
Vue de l'art rupestre sur la colline de Cerro Azul en Serrania La Lindosa dans le département de la jungle amazonienne de Guaviare, en Colombie © AFP / Guillermo Legaria

A-t-on trouvé plus ancien en Amérique ?  

Il y a les peintures rupestres de la Serra de Capivara, au Brésil, qui auraient entre 20 000 et 9 000 d'âge. Il y a aussi celle du massif de Guadalupe, en Basse Californie mexicaine, vieille de 10 000 ans.  Les Colombiennes sont dans cette moyenne, même si les archéologues vérifient une datation de -19 000 ans. 

Mais ce qui rend ces fresques captivantes, c'est leur immensité : elles couvrent des pans entiers de falaise sur plusieurs dizaines de mètres de hauteur.  Enfin, si vous voulez tout savoir de ces merveilles, voici un article du Temps de Lausanne qui leur est consacré. Les photos sont à couper le souffle. Et surtout, c'est la paix retrouvée qui permet aujourd'hui, enfin, de les admirer.

Ernesto Montenegro - dir de l'Institut colombien d'anthropologie et d'histoire; l’ambassadeur Gautier Mignot, Andres Delpuech, Directeur du Museum of Man, l’anthropologue Céline Valadeau et le chercheur Stephen Rostain sur la colline de Cerro Azul
Ernesto Montenegro - dir de l'Institut colombien d'anthropologie et d'histoire; l’ambassadeur Gautier Mignot, Andres Delpuech, Directeur du Museum of Man, l’anthropologue Céline Valadeau et le chercheur Stephen Rostain sur la colline de Cerro Azul © AFP / Guillermo Legaria
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