Ils attendent depuis 2000 ans d'être dépliés pour être retranscrits. "Ils" se sont les rouleaux carbonisés par l'éruption du Vésuve et retrouvés dans la "villa des papyrus" à Herculanum. La science a peut-être la solution.

Reproduction du papyrus d'Herculanum de Philodeme de Gadara (110-40 avant JC) provenant d'Herculanum, 1793 - Bologne, civico museo
Reproduction du papyrus d'Herculanum de Philodeme de Gadara (110-40 avant JC) provenant d'Herculanum, 1793 - Bologne, civico museo © AFP / Luisa Ricciarini/Leemage

Direction Naples ce matin, pour visiter non pas Pompéi mais Herculanum. On l'oublie toujours mais il y a deux villes englouties en 79 après JC sous les cendres du Vésuve. Or Herculanum, l'autre cité perdue, contient au moins un trésor extraordinaire : la "villa des papyrus", la villa du beau-père de Jules César.

Mais surtout, une extraordinaire bibliothèque antique : le propriétaire, qui était un lettré et qui se piquait de philosophie, avait entreposé là près de 2000 rouleaux de papyrus : c'est la plus ancienne librairie jamais découverte au monde.

Le problème, c'est que ces papyrus sont illisibles : ils ont été carbonisés par l'éruption. Certains ont pu, malgré tout, être déplié dès le XVIIIe siècle. C'est comme ça qu'on a retrouvé des fragments du De Rerum Natura de Lucrèce, contemporains de l'auteur.

Dépliés avec l'aile gluante d'un papillon

Certains papyrus n'étaient que partiellement brûlés. Donc, à l'aide de membranes collantes d'animaux – genre ailes de papillons – et de fils de soie et poulies minuscules, un prêtre au XVIIIe, Antonio Piaggio, est parvenu à déchiffrer quelques mots.

Mais l'immense majorité de ces ouvrages est à l'état de petits tas de charbon de bois. La bibliothèque nationale de Naples en conserve 400 dans un extraordinaire bureau à tiroir confectionné spécialement pour ces reliques en attendant que la science progresse.

Or, justement la science a progressé. Ce qui semblait impossible il y a encore quelques années, à savoir déplier ces restes de rouleaux de papyrus et retranscrire les textes qu'ils contenaient, est peut-être aujourd'hui à portée de main !

Un scanner de dentiste et un ordi

Virtuellement, uniquement virtuellement. Mais pour cela, il a d'abord fallu déplacer quelques uns de ces précieux papyrus. Depuis une semaine, c'est fait : trois d'entre eux ont quitté Naples pour l'école de dentisterie de l'Université de Californie de Los Angeles.

Je sais, vous vous dites que viennent faire des dentistes dans cette affaire vieille de 2000 ans. Eh bien, c'est très simple : l'université en question possède un scanner du type de celui qui vous fait des radios panoramiques mais beaucoup plus moderne et précis.

Ce scanner-là va détailler les trois papyrus à raison de 24 heures d'exposition chacun, puis les données vont être entrées dans un ordinateur capable de déplier virtuellement les rouleaux et de faire la différence entre le carbone du papier et celui de l'encre.

Du "Lévitique" au "De Rerum Natura"

L'équipe du professeur Brent Seales a déjà obtenu des résultats extraordinaires en parvenant à déplier ainsi un des manuscrits de la Mer Morte les plus abîmés, révélant ainsi la version la plus ancienne connue du texte biblique, le Lévitique, en hébreu.

Mais cette fois-ci, le défi est encore plus grand, mais l'important c'est que la méthode soit la bonne : le scanner n'abîme absolument pas les précieux rouleaux et obtenir un résultat, même partiel, serait déjà révolutionnaire.

Car si cette bibliothèque ne contenait que 2000 ouvrages, ce qui paraît peu au regard des standards d'aujourd'hui ; songez que 1300 ans après, la bibliothèque du Collège de Sorbonne, célèbre dans tout l'Occident au Moyen-Âge, n'en contenait qu'un petit millier.

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