Le 25 février, le président vénézuélien accepte de répondre aux questions du journaliste star Jorge Ramos. Dix-sept minutes plus tard, l'entretien est interrompu et le matériel du journaliste confisqué. Jusqu'à ce qu'une fuite permette de récupérer le tout. La diffusion exclusive a eu lieu dimanche 2 juin.

Nicolas Maduro
Nicolas Maduro © Getty / Eva Marie Uzcategui

On part aux Etats-Unis pour une interview exceptionnelle de Nicolas Maduro, le président vénézuélien. Tout est exceptionnel dans cette interview. D'abord, elle a été réalisée, à Caracas, au palais présidentiel vénézuélien de Miraflores, le 25 février dernier. Il y a donc plus de 3 mois. Et elle n'a été diffusée – à une une de grande écoute et en exclusivité – qu'hier.

Pourquoi ce délai ? Tout simplement parce que son enregistrement s'est très mal passé. Ce jour-là, le 25 février dernier donc, Jorge Ramos, le journaliste star de la chaîne de télévision américaine hispanophone Univisión, s'asseyait en face de Nicolás Maduro.

Débutait alors un entretien de combat de 17 mn, pas une de plus. Et ça commençait très fort : le journaliste sort une liste sur laquelle figure les noms de 400 prisonniers politiques qui croupissent dans les prisons vénézuéliennes. 

Prisonniers politiques et manifestants tués

Après avoir présenté les noms de prisonniers politiques, Jorge Ramos réitère le procédé en égrenant, par exemple, les noms des manifestants tués par balles par la police ou les milices chavistes lors des grandes manifestations de 2014 ou de 2017.

Le président vénézuélien, visiblement hors de lui, se défend, explique qu'au Vénézuéla il y a une justice et finalement accuse Jorge Ramos d'être de parti pris. Il multiplie les menaces d'ailleurs : « si vous étiez vénézuélien, vous seriez déjà devant la justice ».

D'ailleurs, Nicolás Maduro est si énervé qu'au bout de 17 minutes donc, il interrompt l'interview. Ensuite les choses vont dégénérer : Jorge Ramos et son équipe vont être retenus et interrogés 2 heures durant dans l'enceinte même du palais présidentiel.

Matériel confisqué et cartes mémoires retenues

Tout va être confisqué : matériel, carte de mémoire, tout va leur être confisqué et l'ensemble de l'équipe sera expulsée du pays. Mais ce qui est rocambolesque dans cette aventure, c'est que trois mois plus tard, ils vont récupérer une des cartes mémoires.

Quelqu'un, au cœur même du régime bolivarien, ça ne peut provenir que de la présidence, a dû estimer qu'il était d'utilité publique de rendre l'interview à son destinataire initial, à savoir Univisión et son journaliste vedette, Jorge Ramos.

C'est donc cet entretien incroyable de 17 mn qui a été diffusé hier soir par un Jorge Ramos triomphant qui, évidemment, refuse de donner ses sources. Un épisode inouï montre d'ailleurs combien le régime bolivarien est, malgré tout, affaibli de l'intérieur.

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