Deux candidats radicaux s'opposent pour le second tour de la présidentielle péruvienne. Et c'est toute l'Amérique latine de ces 20 dernières années qui semble se résumer dans ce duel.

Pérou : l'incroyable élection. Ici les deux candidats au second tour de la présidentielle Keiko Fujimori et Pedro Castillo
Pérou : l'incroyable élection. Ici les deux candidats au second tour de la présidentielle Keiko Fujimori et Pedro Castillo © AFP / MARTIN MEJIA / POOL

Tout est incroyable dans ce second tour de l'élection présidentielle péruvienne du 6 juin prochain. D’abord les candidats : d’un côté Keiko Fujimori, fille d’un ancien président emprisonné pour crimes contre l’Humanité. Elle est tellement à droite et tellement populiste qu’elle ferait rougir Donald Trump.

De l’autre Pedro Castillo, professeur, syndicaliste : un candidat tellement de gauche, à la tête d’un parti tellement radical, que c’est Fidel Castro qui, cette fois, doit se retourner dans sa tombe.

La Covid-19 : un désastre pour le Pérou

Il y a quelques jours à peine, le pays a revu ses chiffres de victimes de la Covid-19. Le nombre de morts a été officiellement multiplié par 2,5 et, aujourd’hui, le pays est le premier au monde en termes de décès par million d’habitants. Un désastre.

On peut aussi difficilement trouver situation politique plus grave : depuis les années 90, presque tous les présidents péruviens ont été inculpés ou emprisonnés, ou sont en fuite. L’un d’entre eux, Alan Garcia, s’est même suicidé juste avant son arrestation.

La seule éclaircie dans ce paysage ruiné était l’économie : des millions de Péruviens sont sortis de la pauvreté ces 15 dernières années. La pandémie a tout dévasté.

Front contre front

À écouter les uns et les autres, c’est communisme teinté de chavisme contre populisme mâtiné d'autoritarisme. Même le prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa semble devenu fou. Il a appelé à voter Fujimori avec ces mots :

Keiko Fujimori représente la liberté et le progrès alors que je crois que Pedro Castillo, lui, représente la dictature

Pour info, cette même Keiko Fujimori est candidate tout en étant inculpée de corruption.

Même les sondages semblent s’affoler à l’approche de ce second tour. Les deux candidats sont aujourd’hui quasiment à égalité. Mais la dernière raison qui rend cette élection si incroyable est sud-américaine.

Privilèges de classe contre idéologie destructrice

Cette élection semble résumer ces vingt dernières années en Amérique latine : d’un côté une gauche idéologique qui rêve de renverser la table et qui, au pouvoir, se révèle aussi nocive que destructrice. L’exemple vénézuélien est dans tous les esprits.

De l’autre, une élite sud-américaine arcboutée sur ses privilèges, incapable de redistribuer les richesses et encore moins les terres, qui méprise les classes populaires, surtout lorsqu’elles sont noires ou amérindiennes.

Entre les deux, rien sinon l’affrontement. Le seul pays qui a réussi à rompre ce tête à tête mortifère est le Chili. Un mouvement social s’y est levé, une Constituante y a été élue et un dialogue pluriel y a commencé. On en est très loin au Pérou.