Tout commence en tous cas par cette info diffusée le week-end dernier sur les réseaux sociaux par le compte officiel du Royaume de Suède. On y lisait l'information suivante : « les boulettes de viande suédoise sont en fait d'origine turque. Les faits sont les faits ».

Un peu d'histoire : « le roi de Suède Charles XII a ramené la recette de Turquie au début du œdème siècle ». D'abord, comme toute bonne communication institutionnelle, celle-là a atteint son but : elle a été reprise dans le monde entier.

Pas moyen d'ouvrir un quotidien britannique, étasunien, sud-américain voire moyen-oriental sans trouver cet aveu à la une. Evidemment, les plus enthousiastes sont les Turcs qui, maintenant, demandent aux Suédois de rebaptiser leurs boulettes « kofte ».

Les médias turcs se sont même précipités dans la capitale turque de la boulette de viande, Inegol, au nord-ouest du pays pour recueillir l'avis des cuisiniers locaux : ils sont ravis que leur spécialité ait pu ainsi toucher des terres si septentrionales.

On ne va pas parler boulettes de viande pendant 4 minutes ?

D'abord, ce n'est pas la seule chose que Charles XII a ramené de Turquie : il a aussi emporté avec lui quelques graines de café torréfié et du chou farci, deux autres passions culinaires suédoises.

Ensuite, il faut savoir que cette info n'a pas fait que rigoler le monde entier, elle a aussi entraîné des milliers de commentaires en Suède même. Avec cette simple question : « mais pourquoi diable le compte officiel de la Suède s'est-il fendu de cet aveu ? »

Or la réponse est finalement assez simple : il y a en Suède depuis plusieurs années une sorte de « kulturkampf » autour de l'identité nationale. Certains – notamment à l'extrême-droite, la voit pure de toute ingérence étrangère.

Pour eux, la Suède, ce sont les Vikings, le protestantisme luthérien, une langue rude mais clairement nordique et une histoire glorieuse de tribus puis de rois conquérants. On y ajoute Ikea et la ceinture de sécurité à trois points, pour la modernité et l'aquavit.

A gauche, par contre l'histoire est très différente.

Evidemment. A gauche, où l'on professe l'ouverture sur le monde, on aime souligner que le plus national des plats nationaux, la boulette de viande vendue dans tous les Ikea du monde avec un petit drapeaux suédois, est en fait d'inspiration turque.

A gauche, on se délecte lorsqu'en octobre dernier, des archéologues mettent au jour des vêtements cérémoniels vikings du 12ème siècle sur lesquels sont brodés en écriture coufique, c'est-à-dire en arabe, le nom d'Allah et celui d'Ali, son gendre.

Personne évidemment ne dit que les Vikings étaient musulmans, mais par contre que les fiers combattants nordiques étaient aussi d'habiles commerçants et qu'ils échangeaient avec le fin de fin de l'époque qui se trouvait être arabe et musulman.

Enfin, à gauche, on est comblé lorsqu'à Birka, toujours en Suède, on découvre qu'une tombe de guerrier richement pourvue en armes et bouclier, est en fait celle d'une guerrière de haut rang. L'image testotéronnée des guerriers vikings en prend un coup !

Donc derrière cette guerre des boulettes et des vikings, il y a une inquiétude identitaire.

Voilà ce qu'il fallait comprendre : la Suède a été et est toujours un des pays les plus généreux d'Europe en matière d'asile. En quelques années, la Suède a accueilli des centaines de milliers de migrants, souvent venus de pays musulmans.

En 2015, grosse année de migration, c'était 165 000. C'est-à-dire en proportion de la population, plus que l'Allemagne qui en a accueilli cette année-là près d'un million 300 mille. Le pays entier en a été secoué et aujourd'hui, l'extrême-droite est à la hausse.

La Suède essaie d'être à la hauteur de sa générosité tout en expliquant qu'elle a toujours été de culture mêlée. D'où les boulettes de viande à la turque mais si suédoise.

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