Attaqué par Israël, détesté par l'establishment démocrate, Bernie Sanders résistera-t-il ? Première réponse à l'issue du SuperTuesday du 3 mars.

Bernie Sanders, candidat à la primaire démocrate
Bernie Sanders, candidat à la primaire démocrate © AFP / Image Press Agency / NurPhoto

On part aux Etats-Unis ce matin, où Israël s'est invitée dans les primaires démocrates en s'en prenant à Bernie Sanders, par la voix de l'ambassadeur israélien aux Nations Unis, Danny Danon - je cite, bien sûr : "Nous ne voulons pas du sénateur Sanders en Israël" et en ajoutant que ce dernier était "un ignorant et un imbécile".

A la décharge de l'ambassadeur israélien, c'est Bernie Sanders qui a ouvert le feu lors du dernier débat démocrate en expliquant que "malheureusement, tragiquement", Benjamin Netanyahu, Premier ministre d'Israël, était un "raciste réactionnaire".

Mais pour bien saisir tout le paradoxe de ces attaques croisées, il faut savoir que Bernie Sanders est juif et que, jeune, il a même vécu en Israël quelques mois dans un kibboutz.

Bernie Sanders, si proche de la majorité des Juifs américains

C'est tout l'enjeu de cette affaire : hier Bernie Sanders a répondu qu'il était "fier de son héritage juif, qu'il n'était pas anti-israélien mais que l'es Etats-Unis devaient tout autant protéger Israël que prendre en compte les souffrance du peuple palestinien".

D'un point du vue européen, c'est d'une modération exemplaire. Mais pour l'AIPAC, qui est un groupe de pression très proche de la droite israélienne et qui invitait l'ambassadeur Danon, c'est déjà trop. La question est plutôt : l'AIPAC représente-t-elle ce que pensent les 7 millions de Juifs américains ? La réponse est non : l'immense majorité des Juifs américains sont plutôt à l'image de Bernie Sanders : des Juifs non pratiquants et libéraux, c'est-à-dire plutôt de gauche.

Benjamin Netanyahou en profite pour marquer la différence

Certains commentateurs en Israël disent clairement que le seul bénéficiaire de cette polémique est le Premier ministre israélien. Surtout au regard des résultats de l'élection israélienne d'hier qui donnent un clair avantage à Netanyahu. Un ralliement et une mobilisation obtenus dans les derniers jours de la campagne électorale.

En tous cas, elle est tombée pile cette polémique pour rappeler, comme l'a déclaré Netanyahu lui-même, que Donald Trump était le meilleur ami d'Israël et qu'une victoire démocrate, plus encore celle de Bernie Sanders, était hasardeuse pour l'Etat hébreu.

Quant à Bernie Sanders, ce n'est pas la première fois qu'il crée la polémique avec la politique étrangère. Il y a quelques jours, il a rendu hommage à la politique éducative cubaine, tout en reconnaissant, soyons juste, le "caractère autoritaire" du castrisme.

La détestation de l'establishment démocrate

En fait, l'establishment du parti démocrate déteste Sanders et l'idée que, d'une part, il remporte les primaires et, d'autre part, que sur un malentendu ou sur un élan d'enthousiasme, il puisse remporter l'élection présidentielle contre Trump.

Ça s'est encore vu avec le retrait surprise de Pete Buttigieg qui soustrayait des voix au candidat centriste et légitimiste Joe Biden. Des pontes du parti démocrate ont dû lui expliquer qu'il était jeune, que son heure viendrait.

Il ne reste plus à la dernière centriste de la course, Amy Klobuchar, qu'à se retirer pour laisser la voix libre aux vieillards : Biden ; 77 ans contre Sanders ; 78 ans avec en joker Bloomberg ; 78 ans ! La jeunette Elisabeth Warren, 70 ans, fait déjà de la figuration.

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