Avec une participation d'à peine un quart de l'électorat, les Algériens ont envoyé un message clair au régime : il ne veulent pas participer à cette mascarade. C'est une claque et un avertissement.

Les Algériens devaient voter hier, le 1er novembre 2020, pour une constitution révisée.
Les Algériens devaient voter hier, le 1er novembre 2020, pour une constitution révisée. © AFP

L’Algérie a donc approuvé sa nouvelle constitution : le résultat officiel est de plus de 66% pour le « oui ». On peut aussi dire que ce référendum convoqué en pleine recrudescence de la pandémie de Covid19 est une vaste et sinistre plaisanterie. Et les Algériens ne s’y sont pas trompés : avec un taux de participation d’un peu plus de 23%, les Algériens ont choisi de boycotter massivement cette consultation. Au point que le scrutin a même été annulé dans l’écrasante majorité des communes de Kabylie. 

Les Algériens ont voté avec leurs pieds : ils sont restés chez eux et ont infligé une claque en retour au « système » - comme ils qualifient avec mépris le régime autoritaro-militaire algérien. L’aller étant les 39% de participation au scrutin présidentiel de décembre dernier.

Une constitution concoctée en catimini

Un texte écrit dans un entre-soi douillet fait de dignitaires du régime, de parlementaires aux ordres et de juristes cacochymes. A mille lieues de ce que souhaitait le magnifique mouvement « Hirak » qui a vu des millions de manifestants dans les rues du pays en 2019.

Le peuple algérien voulait un texte garantissant un État de droit. Les huiles du régime ont appliqué à la lettre la célèbre formule de Napoléon :

Il faut qu'une constitution soit courte et obscure de manière à ne pas gêner l'action du gouvernement.

Conclusion : on a un texte qui renforce considérablement les pouvoirs du président. C’est-à-dire qu’on réalise les rêves les plus fous de l’ancien « raïs » déchu Abdelaziz Bouteflika. C’est du Boutef’ sans Boutef’ et sans président d’ailleurs !

Un président âgé, covidé... et soigné en Allemagne

Le 24 octobre, le président Tebboune faisait savoir au pays qu’il s’isolait après avoir été en contact avec des « cadres supérieurs de la présidence » positifs à la Covid19. Le 27, il était hospitalisé et il y a une semaine jour pour jour, il était transféré en Allemagne.

Depuis, on ne sait rien de la gravité de l’état de santé du président algérien. Le scrutin s’est donc passé sans lui et les Algériens se retrouvent, comme sous Bouteflika, avec un président âgé – il aura 75 ans le 17 novembre – malade et surtout à l’étranger !

Croyez-moi, c’est une ironie du sort que les Algériens n’apprécient pas : alors qu’eux doivent prendre de front la seconde vague de Covid19, leur vieux président fuit un système de santé algérien défaillant et débordé pour un hôpital étranger.

Des chiffres épidémiques ridicules

Si l’on en croit les chiffres officiels, tout va presque bien : l’Algérie n’aurait comptabilisé hier qu’un peu plus de 300 nouvelles contaminations. C’est-à-dire dix fois moins que son voisin marocain. Mais évidemment ces chiffres sont ridicules ! Le simple fait que le président Tebboune soit malade de la Covid19 montre l’étendue de ce mensonge. La presse algérienne ne s’y est pas trompée qui se cesse de relayer l’extrême inquiétude du corps médical et n’hésite plus à parler de « catastrophe ».

Le président Tebboune
Le président Tebboune © AFP