Tous les quotidiens semblent ce matin s'être passés le mot : une fois de plus un drame et une fois de plus, un loup solitaire.

Avec quelques nuances tout de même. Pour le Washington Post, par exemple, il s'agit avant tout d'un « problème américain » :

Il me semble important de rappeler, au lendemain des événements de Las Vegas, que les tueries de masse n'ont lieu presque exclusivement qu'aux Etats-Unis. Et si le problème est américain, alors la solution doit être aussi américaine. Si la réputation de l'Amérique est fondée sur sa capacité à livrer au monde des solutions qui bouleverse la donne, notre incapacité à assurer la sécurité de base des Américains eux-mêmes est un terrible paradoxe. Il n'a pas lieu d'être.

Le New York Times est encore plus sombre

Avec ce titre qui barre la une : « rien ne changera après le massacre de Las Vegas ». C'est un ancien député qui écrit ces lignes en rappelant qu'en 16 années de service, 52 tueries ont endeuillé les Etats-Unis, et après chacune d'elle, rien n'a changé ».

Et Steve Israël énumère les mauvaises raisons de cette inaction, dont la principale est la puissance du lobby des armes, mais aussi « vous, lecteur. Vous qui êtes désormais blasé. Vous qui allez lire ces lignes puis tournez la page et oublier, une fois de plus. C'est exactement sur quoi compte le lobby des armes à feu. Ils veulent que vous oubliiez, que vous acceptiez les morts d'au moins 58 enfants, parents, frères, sœurs et amis comme une sorte de banalité du mal. ».

Le Los Angeles Times s'en prend aussi au lobby des armes

La NRA, cette association que toute la presse de qualité adore détester et qui lui rend bien ! « Dans les jours à venir, certains expliqueront – et ont déjà commencé à expliquer – que ce n'est pas le bon moment pour parler de contrôle des armes » :

Qu'il est trop tôt pour diluer notre chagrin dans l'argumentation politique. Pourtant, aujourd'hui est le moment parfait pour dénoncer l'explosion de la violence liée aux armes. Plus encore la semaine ou le mois prochains et surtout, le jour des élections.

Ce n'est pas la seule colère de cet éditorialiste qui s'en prend par ailleurs à notre manie journalistique des records chiffrées :

Lorsque le bilan a dépassé les 50 victimes, j'ai été choqué d'entendre les commentateurs expliquer que le record établi au Pulse d'Orlando en 2016, avec ses 49 tués, avait été battu. Faudra-t-il donner une médaille à Las Vegas pour ce nouveau marqueur ? Est-ce un défi macabre lancé aux autres villes pour les inciter à mieux faire la prochaine fois?

En fait, c'est la colère qui domine ce matin la presse américaine, plus encore que le deuil.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.