On dit parfois que l'actualité rejoint la fiction, voire la dépasse. En Amérique latine, c'est toujours l'inverse : c'est la fiction qui fait la réalité. La preuve caricaturale vient d'être apportée par les trois derniers jours de la vie politique péruvienne.

Le président de la république du Pérou Martín Vizcarra
Le président de la république du Pérou Martín Vizcarra © AFP / JUAN PABLO AZABACHE / ANDINA

Imaginez un pays dont le président n'a pas été élu sur son nom, mais sur celui de son prédécesseur emprisonné

C'est le cas du président péruvien actuel Martín Vizcarra, ingénieur falot, certes plusieurs fois ministre mais plus à l'aise avec la diplomatie.

Il était d'ailleurs ambassadeur au Canada lorsqu'il a dû toute affaires cessantes revenir à Lima pour prêter serment comme président. C'était en mars 2018. 

Imaginez ensuite que le Parlement, dominé par l'opposition, bloque depuis des mois toutes les lois.

Toutes les lois présentées par le président sont systématiquement bloquées au Parlement, qui parfois ne prend même pas la peine de les examiner. Et pour une bonne raison : les deux partis qui contrôlent la chambre sont dévastés par des scandales de corruption.

Par exemple, la cheffe d'un des deux partis en question, Keiko Fujimori, est en préventive depuis octobre 2018. Or le président Vizcarra a décidé de faire de la lutte contre la corruption sa marque de fabrique. Donc en réaction, les partis bloquent tout.

Ils ne veulent même pas entendre parler d'élections – qu'ils sont sûrs de perdre, tant ce président est par ailleurs populaire. Donc la seule solution, vous serez d'accord avec moi, c'est de dissoudre. C'est ce que le président Vizcarra a fait lundi.

Mais…

Le Parlement refuse de se dissoudre et vote une motion pour « suspendre » pour un an le président

Il y a tout de même quelques éléments de réalisme dans cette pagaille qui rend un hommage appuyé à Gabriel García Marquez et à son « réalisme magique » : il y a l'armée péruvienne qui, dans un communiqué, s'est rangée derrière le président Vizcarra.

Les Péruviens se sont spontanément portés au secours de leur président mi-déchu ; mi-légitime : dans plus de quinze villes du pays, ils sont sortis dans les rues en sa faveur. Mais on n'est pas sorti de la tragi-comédie, on en est même qu'au début...

Les partis représentés au Parlement sont donc criblés de scandales de corruption : l'un des principaux corrupteurs, l'entreprise Odebrecht, a promis de révéler soixante-dix noms de politiques, juges et autres fonctionnaires corrompus.

Enfin, sachez que tous les présidents péruviens depuis trente ans ont fini soit suicidés, comme Alan Garcia, soit emprisonnés, comme Pablo Kuczynski ou Alberto Fujimori ; soit inculpés, comme Ollanta Humala ou Alejandro Toledo.

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