Direction l'Allemagne où est toujours hospitalisé l'opposant russe, Alexeï Navalny. À cette différence près que l'on connaît depuis hier soir - par la conférence de presse donnée par la chancelière allemande elle-même - la substance avec laquelle le principal opposant de Vladimir Poutine a été empoisonné : le Novichok.

L'empoisonnement de l'opposant russe Alexei Navalny : le Kremlin envoie un avertissement clair à l'Europe
L'empoisonnement de l'opposant russe Alexei Navalny : le Kremlin envoie un avertissement clair à l'Europe © AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV

Pour que les choses soient bien claires, Angela Merkel parle de preuves "irréfutables". Alors qu'est-ce que le Novichok ? c'est un poison développé dans les dernières années de l'Union soviétique et utilisé par les services secrets russes, civil et militaire, FSB et GRU

Ce même poison avait été utilisé en 2018 contre Sergeï Skripal et sa fille, un agent russe réfugié en Grande-Bretagne, et ce poison avait fini par empoisonner quatre autres personnes totalement étrangères à cette vengeance russe en terre britannique. Bilan : un mort. 

D'accord pour l'origine russe du poison, mais peut-on accuser le Kremlin ?  

Oui, indubitablement, et je dirais mieux encore : c'est signé Vladimir Poutine, voulant que l'on sache à l'extérieur comme à l'intérieur qu'il s'agit bien de lui. D'une part, la tasse de thé empoisonnée, c'est déjà une signature : Anna Politkovskaïa en 2004, avant d'être abattue en 2006, un 7 octobre, jour anniversaire de Poutine ; l'ancien espion réfugié à Londres Alexandre Livinenko, en 2006, et aujourd'hui donc Alexeï Navalny : tous ont eu droit à leur thé empoisonné. 

Enfin, choisir le Novichok qui a fait l'objet de centaines d'articles dans la presse britannique au moment de l'empoisonnement des Skripal en 2018, c'est plus qu'une signature, c'est une carte postale avec écrit "bons baisers de Vladimir" en gros ! 

Ça ne peut que braquer l'Europe et les États-Unis contre Poutine...

S'il avait encore quelque chose à perdre ! La Russie est déjà sous sanction économique sévère depuis 2014, sans parler de la guerre russo-ukrainienne. En six ans, le pays a certes souffert mais le système Poutine s'est maintenu. Plus de sanctions n'y changerait rien. 

De plus, il a déjà tout ce qu'il souhaitait : la présence de Moscou en Méditerranée, avec son allié syrien ; il a gagné une alliance avec la Turquie qui embarrasse l'OTAN et, cerise sur le gâteau, il est incontournable en Libye et sur le marché pétrolier mondial. Enfin, il en profite pour humilier avec une délectation de satrape oriental aussi bien la France que l'Allemagne. Quelques jours avant l'empoisonnement de Navalny, Paris et Berlin lui avaient demandé comme un service de rester neutre dans l'affaire biélorusse. 

Quel est le message à l'Europe ? 

Vous voulez que je sois conciliant, soit ! Mais ne prenez pas ma patience pour de la faiblesse. Reste qu'avant tout, le message et la signature empoisonnée du Kremlin sont à usage interne : dans quelques jours, la Russie vote pour des élections régionales. Un vote sans enjeu dans un pays où les élections sont des mises en scène sinistres. Mais, en 2019, l'opposition rassemblée autour d'Alexei Navalny, avait tout de même réussi à mobiliser, notamment à Moscou et à faire battre un tiers des candidats poutinistes. Cette fois-ci, avec d'un côté la Biélorussie qui manifeste en masse, et de l'autre des manifestations, notamment en Sibérie, le Kremlin n'a voulu prendre aucun risque : il s'est débarrassé de Navalny et a signé au stabilo rouge son forfait, en guise d'avertissement. 

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