C'est une histoire qui commence il y a un an exactement : en avril 2017, à l'est de la Turquie, pas très loin du Caucase, dans la petite ville d'Ardahan, lors d'un chantier de construction, les ouvriers tombent sur un cercueil datant de la fin du XIXème siècle.

A l'intérieur, un corps très décomposé vêtu d'un impeccable uniforme de l'armée russe. C'est logique, l'armée tsariste occupait à l'époque cette région aujourd'hui turque. Du coup, la Russie, tout aussi logiquement, demande à ce qu'on lui restitue le corps.

Sauf qu'après quelques recherches, on découvre l'identité de ce mort : un lieutenant du premier corps d'armée russe, 20ème division d'infanterie, certes, mais portant le nom de Karl Karlovich Rjepetski, un officier polonais de l'armée tsariste.

Le problème, c'est que la Pologne réclame aussi le corps...

Après tout, expliquent les polonais, le lieutenant Rjepetcki est certes né dans l'ouest de l'Ukraine actuelle, mais il a été formé à Varsovie et, mieux encore, il a de la famille encore vivante en Pologne qui voudrait l'enterrer dignement dans sa patrie. Pas question, répondent les Russes ! En 1894, la Pologne n'existait pas – ce qui est parfaitement exact – et il appartient au pays de son uniforme, c'est à dire la Russie actuelle. Moscou veut le ré-inhumer chrétiennement là où il a été trouvé, à Ardahan.

Ce à quoi les polonais répliquent que leur lieutenant était catholique et qu'en 1894, faute de prêtres catholiques, il avait été enterré par un prêtre arménien. Varsovie ajoute donc un argument religieux : inhumer le cadavre en terre catholique, en Pologne.

La Turquie, elle est très embêtée : elle pensait avec cette découverte complaire à Vladimir Poutine, son nouvel allié russe, et se retrouve aujourd'hui au beau milieu d'une foire d'empoigne russo-polonaise ! Pour le moment le corps attend sagement dans un musée turc.

Et ce n'est pas près de se résoudre cette affaire. Il y a l'inimitié entre Russes et Polonais est légendaire et d'autre part et en plus, il s'agit d'un soldat. Or la Pologne n'a pas oublié Katyn, en 1940, où 22 000 officiers polonais ont été abattus par l'armée rouge.

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