Alexis Tsipras est en voyage officiel historique chez son voisin du nord. L'occasion d'expliquer combien le nationalisme est dangereux et surtout, ridicule.

Direction la Macédoine du Nord ce matin pour un voyage historique : celui d'Alexis Tsipras qui, pour la 1ère fois depuis l'indépendance en 1991 de son voisin du nord, la désormais bien-nommée République de Macédoine du Nord, s'est rendu en visite officielle dans la capitale Skopje.

Pour comprendre la portée historique de ce voyage, il faut revenir un peu en arrière : depuis presque 30 ans, les deux voisins se disputent autour d'une paternité historique : celle du nom de « Macédoine » et de son héros le plus remarquable Alexandre le Grand.

Les Grecs expliquaient qu'il n'y avait qu'une seule Macédoine : la leur, c'est-à-dire la province grecque de Macédoine, capitale Thessalonique. Les Macédoniens, eux, refusaient ce céder voulant aussi appeler leur république indépendante : Macédoine.

La Grèce avait des moyens de rétorsion...

La Grèce appartient à deux clubs auxquels rêvait d'adhérer la Macédoine : l'OTAN, d'une part et l'Union européenne, d'autre part. Sans l'accord de la Grèce impossible d'entamer les discussions d'adhésions. Toutes les tentatives de négociations avaient échoué.

A chaque fois qu'une ébauche d'accord était envisagée, des centaines de milliers de nationalistes grecs ou macédoniens défilaient dans les rues et faisaient capoter les discussions. On est plusieurs fois pas loin du conflit ouvert.

Or je rappelle que dans la région, les Balkans, les guerres sont à la fois meurtrières et surtout – celle de Yougoslavie dans les années 90 a fait 150 000 victimes et 4 millions de déplacés – elles ont tendance à s'internationaliser.

Deux dirigeants mouillent leur chemise...

D'un côté le grec Alexis Tsipras, dont je ne dirais jamais assez le bien qu'il a fait à son pays ; et de l'autre, le jeune et brillant Zoran Zaev, qui mis en échec ses nationalistes, dont son propre président de la République qui refusait de signer l'accord.

L'accord trouvé entre les deux hommes et ratifié par les deux pays est d'une simplicité biblique – plutôt homérique d'ailleurs : désormais l'ancienne République yougoslave de Macédoine – c'était son nom officiel – s'appellera république de Macédoine du Nord.

Trente ans pour en arriver-là. Voilà ce que c'est concrètement que deux pays en proie aux passions nationalistes et qui ratent, année après année, des occasions en or de se développer juste pour des histoires de statues et d'aéroport.

Des statues et des aéroports

Oui, parce qu'en plus d'être dangereux, le nationalisme est ridicule : côté Macédonien, on a pris soin pendant des années de provoquer le voisin grec en nommant l'aéroport de Skopje, Alexandre le Grand, et en édifiant partout des statues du grand homme.

Or, le problème a été résolu d'un mot par Alexis Tsipras lors de sa visite officielle d'hier : la culture grecque, son histoire et ses grands hommes sont simplement universels. Point barre. Et à partir de là, a-t-il ajouté, « on construit des ponts et on abat des murs ».

Comme il fallait une image pour sceller cette réconciliation, les deux hommes se sont adonnés au selfies. Enfin, comme dans toute démocratie, le jugement sera rendu dans les urnes : avant octobre pour la Grèce et le 21 avril pour la Macédoine du Nord.

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