L'Egypte inaugure son premier salon de l'armement. Une énorme foire aux armes où la France est à l'honneur.

Énormes affiches dans les rues, clips promotionnels en boucle sur les écrans : l'Egypte célèbre l’ouverture d’EDEX, le premier salon de l’armement du pays.  Des centaines de char sur fond de désert et de pyramides, des avions de chasse, encore au-dessus des pyramides... Des pyramides et des armes à toutes les sauces... Quatre ans après la reprise en main vigoureuse du pays par le maréchal Al-Sissi - devenu président- le message est clair : la grande Egypte, celle des militaires, est de retour. Elle est stable, forte et elle le fait savoir. 

400 entreprises, 40 états sont représentés pour cette énorme manifestation, dotée d’un budget de communication plus que conséquent… 

Et c’est Florence Parly, la ministre française des Armées qui était aux côtés du président Al-Sissi pour couper le ruban inaugural… 

Une proximité mal assumée?

L’Egypte était extrêmement fière de l’avoir à ses côtés, même s’il a été impossible pour les journalistes français sur place d’obtenir confirmation de sa présence jusqu’à la dernière minute, ou même de lui parler. Florence Parly n’a en effet pas pris la parole en public… Comme si cet affichage était un peu gênant… La France est régulièrement interpellée par les organisations des droits de l’homme très virulentes sur les ventes d’armes à l’Egypte, elles accusent le régime d’Abdelfattah al-Sissi d’utiliser ce matériel pour réprimer ses opposants… Des accusations rejetées par l’Egypte.

L'Egypte est un énorme marché pour la France. Parmi les plus gros sponsors de cet événement, des entreprises françaises, comme Dassault, MBDA… Depuis 2015, entre la France et l’Egypte, c’est la love-story de l’armement, 6 milliards d’euros de contrat d’armement, des missiles , 24 Rafales, ces Rafales qu’on n’avait pas réussi à vendre jusqu’alors… Et encore ces deux Mistrals, ces navires de guerre qui avaient été commandés par la Russie et pas livrés, puisque leur vente avait été stoppée… Heureusement, l’Egypte était là pour les reprendre, et surtout l’Arabie Saoudite pour les payer, puisque l’Egypte n’en n’avait pas les moyens…

Un partenaire stratégique mais un pari risqué... 

Ce partenariat économique et stratégique indigne les ONG des droits de l’homme. Mais elles ne sont pas les seules. Les Pays-Bas ont ainsi récemment annoncé qu’ils stoppaient leurs ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis pour ne pas que ces armes soient utilisées au Yémen, une interdiction étendue à l’Egypte… 

L'Egypte sait qu'elle peut continuer à compter sur ses alliés stratégiques, pour qui la stabilité de ce pays, entre Gaza, Israël, et la Libye, est essentielle. Et c'est ainsi que la France a su profiter de l'opportunité qui s'est ouverte après les printemps arabes, lorsque les Etats Unis, ont commencé à revoir à la baisse leur liens avec l’Egypte. La France a en effet sauté sur l’occasion pour s’engouffrer dans la brèche, occuper l'espace et vendre ses armes.  Du genre, hop, on y fonce, et on réfléchira plus tard. Elle voit l’Egypte comme un partenaire militaire pour faire le ménage en Libye, tenir la bande de Gaza. Elle la voit comme un rempart contre l’islamisme… Un pari très risqué, certes. Mais pas pour la balance commerciale française. 

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.