Deux militants écolos liés à la préservation du papillon Monarque ont été abattus au Mexique. Quatorze militants sont morts en 2018, et quinze en 2017. En général l'Amérique latine est une terre mortifère pour les militants écologistes et indigénistes.

Ce matin, on part au Mexique où un deuxième militant écolos a été abattu. Il s'appelle Raúl Hernández Romero, il était guide dans une des plus extraordinaires réserves de biodiversité au monde. Tellement merveilleuse que sitôt déclarée réserve naturelle en 2006, elle a été déclarée patrimoine de l'Humanité en 2008 par l'Unesco.

Elle se situe dans l'Etat de Michoacan, un territoire à l'ouest du Mexique bordé par le Pacifique, et c'est-là que les fameux papillons monarques, par millions, achèvent leur légendaire migration depuis les Etats-Unis et le Canada, pour passer l'hiver.

Ils se concentrent sur ce territoire de 461 ha et la visite de cette réserve est unique : il suffit d'agiter une branche pour voir se former des nuages oranges de toute beauté. C'est  un des projets de développement éco-responsables phares du pays et de la région.

Déboisement sauvage et prospection minière

Le problème, c'est évidemment que ce sont 461 ha soustrait au déboisement sauvage – donc aux bûcherons illégaux – et a ceux qui, dans cette région, préféreraient planter des palmiers à huile ou prospecter les richesses du sous-sol. Or les écolos les dérangent.

Au point qu'un autre militant écolo a lui aussi été tué, laissé pour mort dans un puit, son corps n'a été retrouvé que la semaine dernière : il s'appelait Homero Gómez González et il était à l'origine même de la création de cette réserve.  

Il faut bien comprendre que l'Etat de Michoacan n'est pas n'importe quel état en terme de violences : s'y croisent et parfois se mêlent les intérêts des pontes de l'agrobusiness, de l'industrie minière, des bucherons illégaux et, pour finir en beauté : le narcotrafic !

La violence est quotidienne et les meurtres massifs

Exactement ! Et ils sont sans pitié : en août dernier, 19 corps ont été retrouvés tous torturés avant d'être tués. Neuf d'entre eux pendaient à un pont autoroutier ! C'est juste un exemple : entre 2010 et 2016, plus de 150 000 Mexicains ont ainsi été tués.

Depuis quelques années, ces cartels s'en prennent aux militants écolos ou indigénistes qui tentent de préserver forêts et espace naturel : 15 sont morts en 2017 et encore 14 en 2018. Dans une quasi impunité : 98% des crimes sont classés sans suite au Mexique.

Des familles entières sont décimées : pour préserver avec les Tarahumaras la forêt de Sierra Madre, dans l'Etat de Chihuahua, Julián Carrillo a été assassiné en 2017, comme ses neveux Guadalupe et Alberto, son fils Victor, son gendre, Julián et son beau-frère Santiago.

Un palmarès de l'horreur où l'Amérique latine occupe une place d'honneur

Non, le pays le plus meurtrier, ce sont les Philippines, avec 30 militants assassinés en 2018... Mais l'Amérique vient très vite derrière : la Colombie – où les écolos affrontent producteurs de coca, est à 24 morts, puis l'Inde, 23 morts et le Brésil, 20.

Ce sont les chiffres du rapport de Global Witness qui a aussi calculé que, depuis 2002, 1500 militants et responsables politiques écolos ont été assassinés en Amérique latine. Et encore, c'est une évaluation : la réalité pourrait êre le double !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.