On pourrait résumer ça par "Encore du rififi chez les Al-Maktoum". Sheikh Mohammed Bin Rashid al-Maktoum est le dirigeant de Dubaï et il a 23 enfants et 6 épouses. Dont la dernière s'appelle la princesse Haya, fille de feu le roi Hussein de Jordanie.

La princesse Haya
La princesse Haya © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS

Un tête bien faite, la princesse Haya : élevée dans les meilleures écoles privées en Grande-Bretagne et titulaire d'un diplôme d'étude politique et philosophique d'Oxford.  C'est d'ailleurs à Londres qu'elle a choisi de fuir avec ses deux enfants les Emirats Arabes Unis, c'était il y a quelques semaines. 

On l'a appris notamment grâce à un poème laissé sur son site internet par son Sheikh de mari...  Il a d'abord écrit : « Ô mon amour, il n'y a rien de plus à dire / Ton silence de mort me brise le coeur » puis plus tard : « Tu n'as plus ta place auprès de moi / Je me fiche de savoir si tu es vivante ou morte ». Ce qui est, disons, nettement plus menaçant.  On se croirait dans Les Mille et une Nuits, version plus Desperate Housewifes

Mais je ne vais plus longtemps vous ennuyer avec les malheurs de cette pauvre princesse triste qui, je vous rassure, est réfugiée dans un palais évalué à 100 millions d'euros.  La question qui se pose maintenant est nettement plus géopolitique. 

Pourquoi le princesse Haya a-t-elle choisi Londres, et pas Paris ou New York pour refuge ? 

D'abord, parce qu'elle connait parfaitement le pays ensuite à cause du système judiciaire : elle aura un divorce à l'occidentale… Aux Emirats Arabes Unis, la garde de ses enfants aurait été confiée à son mari. Automatiquement. De plus, divorcer pour une femme (et plus encore pour une princesse) est très compliqué. 

Eh puis, il y a l'exemple récent de Sheikha Latifa.  Sheikha Latima est une des filles de son mari et elle fui les Emirats Arabes Unis en décembre dernier à bord d'un yacht. Elle a été ramenée manu militari à Dubaï et plus personne n'a de nouvelles sérieuses d'elle depuis. On sait simplement qu'elle est vivante.  

De plus, Londres ne reconnaît pas le mariage polygame, ce qui pourrait jouer en faveur de celle qui n'est, là-bas, que la sixième épouse de son royal mari. 

Enfin, la Grande-Bretagne est un partenaire important mais pas forcément stratégique pour les Emirats. Vous le savez, les Emirats Arabes Unis sont en guerre : au Yémen, ils appartiennent à la coalition menée par l'Arabie saoudite et ils sont les plus vindicatifs contre leur voisin qataris. 

Depuis juin 2017, le Qatar fait l'objet d'un blocus de ses voisins.  Or, la Grande-Bretagne forme l'armée émiratie, élève ses élites dans ses meilleurs universités et les abrite dans le luxe à Londres mais ne fait pas partie des tout premiers vendeurs d'armes des Emirats. Ça, c'est pour les Etats-Unis, la France, l'Italie et la Russie.  

Donc, l'arrivée d'une princesse émiratie qui semble avoir demandé en plus l'asile politique – le poème menaçant de son mari devrait l'aider – pose moins de problème à Londres, qu'à Paris ou Washington.

Je vous l'ai toujours dit : tout est géopolitique !

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