Donner à terme la nationalité britannique à quelques 3 millions de Hongkongais ? C'est ce que Boris Johnson propose si Pékin persiste à vouloir imposer ses lois liberticides. Un choc !

Boris Johnson, Premier ministre de la Grande-Bretagne
Boris Johnson, Premier ministre de la Grande-Bretagne © Getty / Chris Jackson

Direction Londres où Boris Johnson a annoncé une mesure historique. Si la Grande-Bretagne met effectivement à exécution ce que Boris Johnson a annoncé le 3 juin à la fois dans le Times de Londres et dans le South China Morning Post, le grand quotidien hongkongais, on peut effectivement parler de « mesure historique ».

Il s'agit d'accorder à près de trois millions de hongkongais le bénéfice du passeport BNO, ou British national Oversees, autrement dit « Citoyen britannique d'outremer ». Jusqu'à présent, ce document permettait de séjourner 6 mois sans visa en Grande-Bretagne.

Boris Johnson a proposé hier de modifier les règles et de permettre à tout détenteur du passeport BNO de rester en Grande-Bretagne pour un an, renouvelable plusieurs fois, et surtout, de pouvoir y travailler et, à terme, d'obtenir la pleine citoyenneté britannique.

Le bras de fer avec Pékin que personne n'attendait plus

Boris Johnson dit lui-même qu'il s'agit d'une des plus vastes modifications du système de visas de l'Histoire britannique. La raison est qu'il entame avec Pékin un véritable bras de fer dont les données sont très clairement exprimées :

  • soit Pékin renonce à l'application des lois sécuritaires qui – en gros – privent les Hongkongais de leur libertés négociées par les Britanniques avant la rétrocession en 1997 du la Colonie à la Chine, 
  • soit Londres applique ces nouvelles règles.

Pour vous donnez une idée : ces nouvelles règles permettraient à un tiers des Hongkongais de passer en Grande-Bretagne ! Cela viderait littéralement le territoire de ses forces vives et le ruinerait. Or Hong Kong est encore indispensable à Pékin.

L'indispensable Hong Kong

C'est vrai que, si l'on regarde les chiffres froidement, la Chine s'est tellement développée que Hong-Kong ne représente plus qu'une fraction du PIB chinois. A peine 3%. Mais l'important n'est pas là : c'est par Hong Kong que passe toujours un tiers des investissements étrangers en Chine. Par ailleurs, le système financier hongkongais – qui est un des plus importants au monde et un des plus sophistiqué – est un trésor pour les entreprises chinoises.

Un seul exemple : la monnaie chinoise – le remimbi ou yuan – est inconvertible. Alors que le dollar hongkongais, lui, l'est depuis toujours. D'ailleurs, la Chine ne s'y est pas trompé : Pékin a exigé hier que Londres « s'éloigne au plus vite du précipice ».

Les Chinois vont-ils céder ?

Bien malin qui pourra le dire ! Mais ils n'ont devant eux que de mauvaises solutions : soit reculer et perdre la face, soit promulguer ces lois scélérates et plonger le territoire dans un marasme politico-économico-diplomatique. Mais quel panache de la part de Londres !

Depuis un an, et le début des manifestations hongkongaises, les manifestants réclamaient l'aide des démocraties occidentales, en expliquant qu'ils se battaient pour nos valeurs : liberté, démocratie. Jusqu'à présent, notre réponse a été au mieux timorée, au pire rhétorique. Nous étions paralysés par les enjeux économiques. Boris Johnson vient, d'un texte, de relever le gant et, au passage, de racheter notre honneur perdu. C'est une leçon.

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