Par Olivier Poujade

Les faits se déroulent en 2011, dans un supermarché de la banlieue de Gênes, au Nord de l'Italie. Un sans-abri ukrainien de 30 ans, Roman Ostriakov passe par la caisse, achète un paquet de gressins... mais ressort avec, dans ses poches, deux morceaux de fromage et un paquet de saucisses. L'agent de sécurité du magasin l'arrête immédiatement.

C'est un gentil client zélé et bienveillant (on les aime beaucoup ces gens-là) qui l'a alerté sur le vol de Roman Ostriakov... Livré à la police, et rapidement présenté devant un juge, le jeune ukrainien est déjà connu pour avoir grignoté dans les supermarchés de la ville. Et cette fois, le tribunal décide de donner l'exemple.

Six mois de prison et cent euros d'amende, pour un vol de quatre (petits) euros et sept (malheureux) centimes...

Ce jugement a été confirmé à deux reprises mais Roman Ostriakov a continué à faire appel, jusqu'à ce que son cas soit soumis à l'appréciation de la Cour Suprême Italienne, qui vient d'annuler la peine de ce sans-abri ukrainien, officiellement pour vice de forme. Ostriakov a été jugé pour vol, mais la Cour a considéré qu'il aurait dû l'être pour tentative de vol car il n'a pas cherché à s'enfuir et n'avait pas quitté l'enceinte du supermarché lorsqu'il a été pris par la sécurité...

En tous les cas c'est la version officielle. Mais les vraies motivations de la Cour sont ailleurs. Si Ostriakov a essayé de voler, écrivent les juges de la Cour Suprême, c'est parce qu'il était affamé .

C'était pour répondre à un besoin immédiat, et dans ce contexte « voler n'est pas un crime » pour les juges. « Le droit à la survie l'emporte sur la propriété ».

Autre commentaire : celui du président de la Cour de cassation qui rappelle que « dans un pays civilisé, même le pire des hommes ne doit pas mourir de faim ».

Une décision saluée par l'éditorialiste du quotidien, La Stampa , qui ajoute que «chaque jour, en Italie, 615 personnes passent en dessous du seuil de pauvreté et que chaque année, en moyenne, un Italien gaspille 20 kilos de nourriture par négligence, par oubli, ou tout simplement parce qu'il n'a plus faim ».

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