C'est même impressionnant de constater combien notre campagne présidentielle est suivie, commentée, disséquée de l'Espagne à la Grande-Bretagne, de l'Italie aux Etats-Unis.

Débat télévisé du deuxième tour le 3 mai 2017 qui opposait Marine Le Pen à Emmanuel Macron
Débat télévisé du deuxième tour le 3 mai 2017 qui opposait Marine Le Pen à Emmanuel Macron © AFP / STRINGER

Deux mots, peut-être, pour résumer l'opinion de la presse internationale : brutalité et agressivité ! Le Telegraph de Londres trouve même le débat d'hier soir « hautement agressif », la Frankfurter Allgemeine Zeitung par, elle, « d'agressivité sans précédent ».

La Suddeutsche Zeitung, de Munich, « d'affrontement frontal », La Stampa n'a entendu que « des insultes », La Repubblica de Rome parle aussi des « insultes » échangées et ajoute qu'on « en est presque arrivé aux mains ».

Le New York Times a vu « un débat vicieux » et remarque que « ce débat ressemblait plus à un joute télévisuelle énervée à l'américaine qu'au discussions raisonnables sur les problèmes du pays auxquelles les Français sont généralement habitués ».

Même constat à la une du Washington Post : « Malgré les enjeux, ce débat a rarement atteint la hauteur et la qualité rhétorique qui caractérise d'habitude en France la parole politique. Ce débat ressemblait aux échanges entre Hillary Clinton et Donald Trump ». Comme eux, conclut le quotidien, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont sauté mutuellement à la gorge ».

Le Temps de Lausanne évoque pour sa part « un goût très amer » et ajoute « Un débat ? Non. Un dialogue de sourds entre une candidate d'extrême droite avant tout soucieuse de dominer et d'asséner des formules-chocs écrites à l'avance et un politicien modéré soucieux de ne pas tomber dans la caricature et de préserver le compromis. »

Depuis le Liban, L'Orient-Le Jour ne dit pas autre chose : « choc frontal et virulent hier soir lors du débat télévisé entre les deux finalistes de la présidentielle française ». Pour le quotidien Francophone de Beyrouth, « À quatre jours du second tour décisif dimanche, les échanges entre les deux candidats – aux programmes diamétralement opposés – ont souvent viré à la cacophonie et au pugilat verbal, au terme d'une campagne très tendue. ».

Et pour le quotidien suisse c'est « Marine Le Pen qui a imposé son rythme » : « le vainqueur du premier tour n'a pas réussi à imposer son discours pédagogique, précis sur les faits. Même le passage sur l'euro, durant lequel son adversaire a multiplié les approximations et les mensonges en prétendant pouvoir gérer tranquillement un retour au franc, ne lui a pas permis d'asséner le coup fatal. ».

A L'inverse, pour El Mundo à Madrid, « Macron a mis à nu Marine Le Pen ». Certes « jamais deux candidats à la présidentielle en France n'avaient débattus de façon aussi violente et surtout aussi confuse » mais Macron, parfois impatient, usant parfois d'un ton professoral dérangeant, en a appelé à la rationalité des téléspectateurs et a nettement remporté un débat qui, cependant, a rabaissé les deux opposants ».

Il est très difficile de sortir un peu de clarté de cette cacophonie dans laquelle les deux protagonistes se sont laissés entraîner. Il y a eu beaucoup plus d'insultes que de propositions. Le débat, cette vieille cérémonie républicaine, où le respect et l'intelligence des deux candidats sont sensé s'exprimer, fut peut-être avili pour toujours ».

Et toujours aussi cruel, El Mundo ajoute : « Un peu sonné par la virulence qui dominait le débat, Macron s'est un peu perdu dans les détails. Lui non plus n'a pas semblé être à la hauteur de l'homme d’état qu'il aspire à devenir. Le spectacle des deux a même parfois pu faire honte à ceux qui le regardait. Mais à la fin, Macron a semblé être un mal mineur et Le Pen, un mal majeur ».

El País, toujours en Espagne, est sur la même longueur d'ondes : « On a rarement vu en France un combat dialectique d'une telle intensité lors d'un débat électoral. La dureté des arguments de part et d'autres de la table. Les accusations ad hominem et souvent offensantes. Le rythme endiablé a au moins eu l'avantage d'exposer devant des millions de téléspectateurs deux visions et deux styles diamétralement opposés ».

Et s'il fallait une conclusion à ce pugilat décrit par la presse internationale, c'est dans L'Orient Le Jour que je suis allé la trouver : « Dans cette France où les signes d'incohérence cohabitent avec les esprits les plus brillants, heureusement que la nature décrite par Franc-Nohain fait preuve d'un bon sens profond... en faisant passer les fleuves juste au-dessous des ponts. »

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