Il avait 24 ans et était producteur et metteur en scène. Arrêté en 2018 à cause d'une vidéo attaquant le régime d'Al Sissi, il est mort en prison, sans procès. Ils sont ainsi des dizaines de milliers a être détenus en Egypte.

Entrée de la prison de Tora au Caire où était détenu Shaby Habash, Egypte
Entrée de la prison de Tora au Caire où était détenu Shaby Habash, Egypte © AFP / KHALED DESOUKI

Il s'appelait Shady Habash, il était producteur de clips et metteur-en-scène et était emprisonné sans procès depuis mars 2018 pour avoir réalisé la vidéo de Ramy Essam, un chanteur égyptien célèbre depuis le Printemps arabe de 2011.

Il est mort dans des circonstances encore inconnues, mais on peut déjà parier que les conditions atroces dans lesquelles sont détenus les opposants au régime militaro-policier d'Abdel Fatah Al-Sissi n'y sont pas étrangères.

Des conditions qu'il évoquait dans une lettre qu'il était parvenu à faire passer par sa famille : « ce n'est pas la prison qui tue, mais la solitude. Je lutte pour ne pas devenir fou et ne pas mourir lentement ». Il a donc perdu son combat.

Un clip, une chanson, la prison

La chanson qui lui a valu la prison s''appelle Balaha, et le chanteur, Ramy Essam, est lui-même exilé en Suède après avoir été brièvement arrêté en 2013, au moment du coup d'Etat qui a porté Al-Sissi au pouvoir. Et justement, elle s'en prend directement à lui et à son régime.

Les paroles comparent Al-Sissi à une date, le fruit, ce qui n'est pas un compliment, croyez-moi... Elles demandent à « Dieu d'exaucer les prières de tous et en finir avec lui ou de le faire enfermer dans une de ses prisons abjectes, lui et ses gangsters ».

Et le chanteur ajoute : « vous vivez dans des jardins, nous visons en prison ». Il n'oublie pas de le traiter de corrompu, ni de moins que rien. Le producteur de cette vidéo n'est pas le seul à avoir été incarcéré. L'auteur des paroles aussi Galal el-Bahairy a écopé de 3 années de prison pour cette même chanson. D'une façon générale, il ne fait pas bon être artiste en Egypte :

En 2015, un étudiant de 22 ans a été condamné à 3 ans pour avoir caricaturé le président Al-Sissi en Mickey. Le régime est un allié de toujours des Etats-Unis au point que pour Donald Trump, le « raïs » égyptien est même son « dictateur préféré ».

Des dizaines de milliers de prisonniers politiques en Egypte...

Le régime lui-même en avoue 36 000, mais les ONG comme Human Rights Watch en compte plutôt le double. Shady Habash était détenu quasiment au secret au sein d'une des pires prisons égyptiennes : celle de Tora, dans la banlieue du Caire.  

Une prison à laquelle les détenus et les Egyptiens ont donné un sinistre surnom : Scorpion. Or, le régime d'Al-Sissi a tellement arrêté et emprisonné ces dernières années qu'il a dû commander en urgence la construction de huit nouvelles prisons.

Et alors que le coronavirus a, au moins, permis la libération de dizaines de milliers de prisonniers dans le monde - 45 000 en Turquie, 30 000 en Indonésie, 85 000 en Iran – Le Caire n'en a libéré en mars que 4 000 et, évidemment, pas un seul prisonnier politique.

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