Une décision prise après 10 heures de délibération et pas par une majorité écrasante des juges de ce tribunal suprême fédéral, mais par une seule voix sur 11 juges ! C'est-à-dire un souffle et un parfait reflet de la division de la société brésilienne.

Le résultat est pourtant dramatique : à compter d'aujourd'hui, le juge Sergio Moro, qui instruit l'affaire de corruption qui implique l'ex président Lula da Silva, peut émettre un mandat d'arrêt et l'envoyer en prison. On pense qu'il le fera dans les jours qui viennent.

Ça signifie que celui qui a été le président le plus populaire de la courte histoire démocratique du Brésil commencerait une peine de prison de 12 ans et qu'en tout état de cause, il serait empêché de participer à la présidentielle d'octobre prochain.

Or, Lula da Silva est le candidat officiel de son parti, le PT, pour cette élection. Mieux encore, les sondages lui donnent une très confortable avance avec 36% des intentions de vote. Autrement dit, les juges viennent de priver le Brésil du principal candidat.

Vous pensez que cette décision est politique plus que judiciaire ?

C'est toute la question ! Je vous répondrais en deux temps. Le procès personnel intenté à Lula a des relents politiques. La cas de corruption est tout sauf clairement avéré : il repose sur le témoignage d'un homme qui a obtenu une remise de peine en échange.

De plus, le juge Sergio Moro, qui instruit l'affaire, en a fait fait une affaire personnelle : il a déjà s'excuser d'avoir fait fuiter dans la presse des écoutes judiciaires de Lula et il a abusivement mis en scène son arrestation alors que Lula n'a jamais eu l'intention de fuir.

Mais s'il l'a fait, c'est aussi pour répondre à la très violente – et dangereuse - campagne de dénigrement des juges que le Parti des travailleurs orchestre depuis des mois, organisant manif et contre manif pour tenter de sauver son chef.

Je dis dangereuse parce que le pays est déjà crevassé par les inégalités sociales et surtout la crise économique et qu'en y rajoutant la division politique, le Parti des travailleurs prend un risque immense : celui d'affaiblir durablement les institutions.

On a même vu le chef d'Etat major de l'armée brésilienne intervenir

C'est exact Eduardo Villas Boas a twitté pour exprimer son rejet « de l'impunité » et pour assurer les Brésiliens que l'armée tenait à la démocratie et à l'ordre constitutionnel. Ce qui ne peut être interprété que comme une pression supplémentaire sur les juges.

Ce qui, dans un pays qui a connu 20 ans de dictature militaire féroce, de 1964 à 1985, fait froid dans le dos. Mais d'un autre côté, on peut aussi estimer que ce jugement contre l'ex-président Lula est une façon de faire payer un vrai problème de corruption.

Le scandale Lava Jato qui occupe l'actualité depuis 2014 et qui a mis à jour un pacte de corruption entre, d'une part, des entreprises vivant de la commande publique et, d'autre part, les politiques. Ce scandale implique au 1er chef le parti de Lula, le PT.

Or, en démocratie, c'est la justice qui, en bout de course, est la garante de l'ordre légal. Critiquer le « gouvernement des juges », comme le fait en ce moment le PT et Lula en multipliant les meetings, est une méthode populiste voire putschiste.

Quelle est la solution pour sortir de cette impasse ?

Il va falloir que le Parti des travailleurs fasse une vraie purge interne en se débarrassant de ses cadres lulistes et en commençant par se choisir un autre candidat. Or on en est loin : certains expliquent même au PT que Lula pourrait être candidat depuis sa cellule.

C'est faux et surtout contraire à tout bon sens. Mais il faudra surtout, à terme, revoir entièrement le système électoral brésilien qui pour l'instant, et depuis toujours en fait, favorise l'émiettement des forces politiques et les coalitions les plus baroques.

En clair, il va falloir un sursaut politique sur lequel ni le Parti des travailleurs, focalisé sur la défense de son ex-président, ni la droite, ni personne, n'a sérieusement travaillé.

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