Après des révélations parues dans The Guardian, la FIFA examine des allégations d'abus sexuels commis sur des joueuses de l'équipe nationale féminine d'Afghanistan. Football et femmes, deux mots qui ont du mal à se conjuguer avec bonheur cette semaine…

« Est-ce que tu sais twerker ? » La semaine avait déjà mal commencé avec cette réflexion du DJ Martin Solveig lors de la remise du premier ballon d’or féminin à Ada Hegerbeg. Remarque lourdaude, sexiste et inutile... 

Le sale temps continue pour les femmes et le football, avec ces révélations sur ce scandale qui agite le foot féminin en Afghanistan. Une enquête vient d’être ouverte au sujet d’agressions sexuelles et physiques sur les joueuses de l’équipe nationale par des entraîneurs et des officiels, dont le président de la fédération afghane de football. En déplacement à l’étranger notamment, certaines joueuses auraient été violées et battues. Le poids du tabou est tel qu’elles n’ont pas osé en parler, jusqu’à ce que certaines s’expriment anonymement dans la presse étrangère et que le scandale n’éclate enfin. 

Un symbole du nouvel Afghanistan

Le sport au féminin, après la chute des talibans en 2001 est un des emblèmes du nouvel Afghanistan, censé être plus moderne, plus libéral. L’équipe de cyclisme féminine par exemple a même fait l’objet d’un livre, elle a été proposée au Nobel de la paix…  Il faut dire que les femmes qui ont composé ces premières équipes sportives, il y a une dizaine d’années, ont bravé la mort en s'entraînant clandestinement, alors que le pays était sous le joug des talibans. Des talibans qui ne voulaient pas de femmes dans les écoles et encore moins sur des terrains de sport. 

C'est ainsi que le sport féminin afghan est devenu une des activités-phare des projets de développement financés par la communauté internationale. Les Etats-Unis ont notamment attribué de conséquents financements aux clubs et aux équipes… Une poule aux œufs d’or qui n’a pas échappé à la convoitise d’un certain nombre de dirigeants ripoux. Conséquences immédiates : détournement de fonds, corruption... Et les bailleurs sont devenus plus frileux dans leur générosité, suspendant un certain nombre de leurs financements.  

Dans ce contexte, les parents n'ont pas envie que leurs filles aillent faire du sport

L'opinion publique afghane est évidemment très secouée par ces révélations. Les autorités afghanes ont ouvert une enquête. Mais les plus conservateurs, eux, jubilent : car dans ce contexte, les parents n'ont pas envie que leurs filles aillent faire du sport. Personne ne souhaite en effet connaître le même sort que ces sportives, présentées comme des modèles à suivre. 

Taper dans un ballon en Afghanistan est dangereux, que l'on soit homme ou femme, en ce moment où les attentats se multiplient au quotidien, dans les marchés, les écoles, les lieux publics. C’est encore plus dangereux quand on est une femme, et que le danger se trouve aussi dans les vestiaires... Et c’est pourquoi ces actes ignobles sont bien pires qu’un sale fait-divers.  Ils abîment une société tout entière qui lutte aujourd’hui pour conserver sa liberté.

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