Des candidats-vaccins contre le Covid-19 sont déjà lancés dans le monde entier et à elle-seule, la Chine en compte quatre. Pour Pékin l'enjeu est énorme : à la fois stratégique et prestigieux.

Ici un ingénieur montre un vaccin expérimental contre le covid-19
Ici un ingénieur montre un vaccin expérimental contre le covid-19 © AFP / NICOLAS ASFOURI

On part en Chine qui rêve de remporter la course au vaccin contre le Covid-19. On peut effectivement parler de course : une vingtaine d'équipes de chercheurs dans le monde s'y sont lancés à corps-perdus, Etats-Unis et Chine en tête. La Chine qui a déjà approuvé 4 candidats vaccins qui, tous, sont en phase un ou deux.

Deux d'entre eux sont déjà testés auprès d'êtres humains, deux autres sont en passe de l'être. Pour parvenir à ce résultat alors que le génome du virus n'a été séquencé qu'en janvier dernier, il a fallu, par exemple, passer l'étape des tests sur animaux.

En fait, il a fallu brûler toutes les étapes habituelles, en Chine comme aux Etats-Unis, qui 42 jours seulement après la publication par la Chine du génome du Covid19, a pu injecter son premier candidat vaccin à Seattle. Mais la Chine va plus vite, plus loin...

Comment Pékin parvient-il à accélérer le pas ?

S'il y a une chose que le Parti communiste chinois sait faire depuis toujours, c'est planifier. Or en 2015, les autorités chinoises ont lancé une immense plan de rattrapage technologique appelé « Made In China 2025 » :

Il s'agissait de gagner le leadership mondial sur 4 secteurs de haute technologie : les semi-conducteurs, la 5G, les nanotechnologies et la biotechnologie. Or la recherche médicale n'a pas été oubliée, bien au contraire : l'argent a coulé et coule encore à flot.

Le tout nourri par un « marché » du médicament qui est déjà le 2e au monde, derrière les Etats-Unis. Alors, bien sûr, les vaccins ne représentent qu'une petite part de ce marché, à peine 3%, mais il est stratégique pour la Chine.

Trois raisons pour l'emporter !

Pour trois raisons : la première est une affaire de prestige : la pandémie a causé jusqu'à présent la mort de 250 000 personnes. Le pays qui mettra au point avec succès ce vaccin et le mettra à la disposition du monde entier aura gagné un respect sans égal.

Or c'est précisément ce dont rêve la Chine. En plus, et c'est la 2e raison, Pékin veut effacer avec un coup d'éclat les critiques – justifiées - qui montent sur la façon dont elle à géré les débuts de cette pandémie et surtout, sur ses mensonges statistiques.

Il y a une 3e raison, interne celle-là : 40% des labos produisant des vaccins dépendent de l'Etat ou de l'armée chinoise. Or, certains d'entre eux ont été impliqués en 2018 dans un scandale de vaccins frelatés injectés à des centaines de milliers de nourrissons.

Regagner la confiance du public chinois...

C'est loin d'être gagné ! Pour une dernière raison : la Chine a mis tous les moyens pour rattraper son retard. Elle y est parvenue dans certains domaines – on pense à la 5G – mais la recherche médicale demande transparence et coopération internationale.

Or c'est précisément sur ces deux points que la Chine peine. L'homme qui, par exemple, est chargé de conduire la guerre scientifique contre le Covid-19 est, certes, un virologue réputé – il s'appelle Chen Wei – mais son employeur est l'Armée de libération populaire.

De la même façon, beaucoup de publications scientifiques chinoises sont sujettes à caution. En clair, le plagiat et la falsification sont courants parce que la pression de l'Etat est très forte et que les scientifiques chinois préfèrent publier vite que déplaire.

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