On part en Argentine, où l'on a retrouvé un document extraordinaire... Une liste datant du début des années 40 du siècle dernier et contenant quelques 12 000 noms. Les années 40, l'Argentine...

Efraim Zuroff, historien et directeur du centre Simon Wiesenthal à Jérusalem
Efraim Zuroff, historien et directeur du centre Simon Wiesenthal à Jérusalem © AFP / Georg Wendt / DPA / dpa Picture-Alliance

Vous voyez où je veux en venir : ces noms, ce sont ceux des sympathisants nazis installés en Argentine. Jusque-là rien d'extraordinaire : dans les années 30, l'Argentine avait, comme le Brésil, une forte communauté allemande. Des Allemands dont certains sont ouvertement devenus des sympathisants nazis et se sont organisés comme tel. Avec, en plus, des présidents argentins très germanophiles. Il y a même un ancien militaire putschiste argentin, président de fait de 1930 à 1932, Félix Uriburu, qu'on surnommait "Von Pepe", histoire de vous donner une idée de l'ambiance de l'époque. 

En quoi cette liste est-elle si extraordinaire ? 

Encore une fois, il faut faire un peu d'histoire : en 1938, un président anti-nazi cette fois, succède à "Von Pepe" et consort. Une de ses premières décisions est d'installer une commission des activités anti-argentines, c'est-à-dire clairement pro-nazies. 

Pourquoi cette commission ? Parce qu'à partir de l'entrée en guerre des États-Unis, en 1941, la devise allemande n'était plus convertible en dollars. Donc pour s'en procurer, les nazis ont mis en place un circuit compliqué : on envoyait des reichsmarks en Argentine que recevaient des sympathisants nazis en Argentine, qu'ils convertissaient en devises et renvoyaient ensuite sur des comptes en Suisse. Les Nazis pouvaient alors les récupérer.  

Cette liste contient donc les noms de ces "généreux amis argentins" ?

Or il se trouve que cette liste – très officielle – avait été perdue. En 1943, une nouvelle présidence fascisante a immédiatement clos la commission et brûlé les preuves. Dont la fameuse liste. Fin du premier épisode. 

Seulement voilà, c'était compter sans un certain Pedro Fulipuzzi, un enquêteur privé argentin qui, il y a quelques semaines, en fouillant un entrepôt abandonné à Buenos Aires, est tombé par hasard sur cette liste : tout y est, il ne manque pas une page : surtout, en face de dates et de noms, on trouve des sommes d'argent envoyées en Suisse dans les coffres - entre autres mais surtout - de l'ancêtre du Crédit suisse actuel. La liste a immédiatement été confiée au centre Simon Wiesenthal, une ONG qui s'est rendue célèbre pour avoir tenté de débusquer les responsables nazis de l'Holocauste qui avaient échappé à la justice. Le centre a aussi tenté de récupérer, notamment en Suisse, l'argent spoliés aux Juifs d'Europe. 

L'Argentine a toujours été au cœur de cette quête

Or cette liste est une découverte incroyable puisqu'encore une fois, elle met en relation des noms, des sommes ainsi que leur destinataire suisse. Le Centre Wiesenthal a donc contacté le Crédit suisse. L'idée est que le Crédit suisse ouvre ses archives afin que l'on puisse confronter les noms de cette liste avec des comptes éventuellement en déshérence en Suisse. Pour le moment, pas de réponse du Crédit suisse qui joue sa réputation dans cette affaire.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.