L'élection présidentielle américaine traîne en longueur et la presse du monde entier déteste ce délai. Elle en veut autant à Donald Trump qu'à Joe Biden.

Le monde entier attend le résultat de l’élection présidentielle américaine. Et la presse internationale reflète cette attente en multipliant les éditoriaux et les commentaires. A tout seigneur, tout honneur, commençons par le New York Times qui titre ce matin : « laissons tous les votes être décomptés » :

« Un président qui a à cœur de préserver la démocratie américaine devrait montrer l’exemple en insistant sur le fait que le système électoral américain a besoin de temps et fonctionne comme depuis toujours : État par État, comté par comté, circonscription par circonscription. »

Donald Trump a fait l’inverse : peu après minuit, mardi soir, il a faussement affirmé sur Twitter que l’élection lui avait été volée. Puis a confirmé cette assertion dans un discours qui, selon le New York Times « fut un moment les plus bas, les plus misérables d’une administration qui n’a pourtant pas été avare de ces bassesses ». Le ton est donné !

Le Guardian de Londres ne dit pas autre chose : « dans les heures qui ont suivi le jour de l’élection, le président des États-Unis a montré ses ambitions autoritaires. Il a lancé une attaque en règle contre notre système démocratique à un moment où il était le plus fragile. Ses mensonges sur les premiers résultats érodent la confiance dans l’honnêteté du processus démocratique au risque de provoquer la violence ».

Le quotidien londonien n’a plus qu’à s’en remettre à la presse pro-Trump pour tenter de canaliser et d’apaiser cette colère entretenue par le président lui-même. Et il trouve un allié en Fox New : « d’une façon surprenante, Fox News est peut-être le média qui parviendra à éviter la division du pays. La chaîne conservatrice a été la première à donner l’Arizona à Joe Biden, à la grande fureur de l’équipe présidentielle. Si Fox News continue de faire ce travail tout en expliquant que toute déclaration prématurée de victoire est néfaste, alors le public trumpien aura peut-être la patience d’attendre ».

Partout l’impatience domine. Prenez le quotidien colombien El Tiempo par exemple : son éditorial du jour est presque désespéré de ne pas encore savoir l’issue de ce processus électoral et surtout d’envisager 4 années de plus avec Donald Trump : 

« Comment est-il possible que le pays le plus puissant de la planète soit à quelques millions de voix de porter à nouveau au pouvoir un gouvernement d’inspiration autoritaire avec à sa tête un homme qui n’apprécie que les tyrans du type de Poutine et de Kim Jong Un et passe son temps à mépriser les institutions de la démocratie étasunienne ? »

Je vous rassure, il n’y a pas que Donald Trump qui en prend pour son grade. Le quotidien suisse Le Temps, à propos de Joe Biden titre sur son « impossible victoire morale » : 

« Que quatre années d’insanités, n’aient pas remis en cause le regard d’une moitié de l’Amérique sur son président est terrible. La victoire que Joe Biden et son camp espéraient mardi aurait dû prendre la forme d’une vague. Plus que politique, elle aurait dû être morale. Il n’en a rien été ».

Il s’agit donc bel et bien d’une « défaite morale » pour la gauche américaine, incapable de convaincre les Américains de s’éloigner franchement du trumpisme. Une défaite qui « oblige donc les défenseurs d’une vie politique respectueuse et apaisée partout ailleurs sur la planète a s’interroger, longuement et en toute honnêteté. Et à en tirer les leçons dans notre propre contexte. Et nous préparer à livrer une bataille plus longue qu’espéré ».

Enfin, il y a ceux que l’éventualité de plus en plus certaine de l’élection de Joe Biden rend nerveux, voire plus… C’est le cas du quotidien turc pro-Erdogan Sabah qui se souvient que le candidat démocrate avait, il y a 8 mois, souhaité la défaite et le départ du président turc du pouvoir :

« D’une certaine façon, cette volonté de Joe Biden visant à débarquer un dirigeant étranger – certes au travers d’élections et non par le biais d’un coup d’Etat militaire, montrent l’étendue de la vacuité et de la prétention américaine. Le peuple turc ne se laissera pas si facilement détourner de l’idéal de son président, Recep Tayyip Erdogan, d’une Turquie grande et puissante ». L’inquiétude à peine voilée des autocrates fait plaisir à lire ce matin