Un projet vieux de 40 ans vient d'entre en service à Venise : des digues artificielles chargées de retenir des eaux submersives et donc de protéger la Sérénissime de ses pires "Acqua Alta". Récit

Les digues artificielles du projet Moïse
Les digues artificielles du projet Moïse © AFP / Marco Sabadin

Samedi, Moïse a sauvé Venise des eaux ! Je vous rassure tous, je n’ai pas vu la Vierge pendant le weekend… Moïse, ou "Mose" en italien, c’est le nom donné au plus ambitieux programme d’ingénierie italienne de ces 40 dernières années.

Il s’agit ni plus ni moins que d’installer et de faire fonctionner simultanément à l’entrée de la plus célèbre lagune du monde 78 digues artificielles censées sortir des eaux pour empêcher les inondations récurrentes de Venise, les fameuses "acqua alta".

Et samedi, dans un ballet parfaitement exécuté, alors qu’une vague d’environ un mètre menaçait de submerger Venise, le système Moïse s’est mis en branle : les digues mobiles se sont levées ensemble avant l’arrivée de la vague et l’ont bloqué comme prévu.

Une vague d'un mètre pour inonder Venise

Ça parait peu, en effet, mais en fait une vague d’un mètre suffit à inonder un tiers des rues de la ville. L’année dernière et l’année précédente avaient été des "acqua alta" exceptionnelles – on se souvient des images – avec une vague d’à peine deux mètres.

C’était encore une sorte de test : la vague était modérée et il reste encore des travaux jusqu’en décembre 2021. Mais ce 1er test en conditions réelles a enthousiasmé le maire Luigi Brugnaro, qui a pu Twitter : "Pas une seule rue inondée à Venise. Fierté et joie".

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Et c’est cela qu’il faut retenir ce matin : la fierté des Italiens qui, en quelques mois, ont su relever deux défis : rebâtir à Gènes le pont Morandi et donc inaugurer Moïse pour sauver Venise de ses inondations dévastatrices. Ça fait du bien au moral de notre voisin.

Un projet qui a humilié l'Italie pendant 30 ans

Ça a été un véritable supplice pour les Vénitiens et depuis le début, de ce projet. Ça faisait 40 ans qu’il était dans les cartons et lorsque Silvio Berlusconi, au début des années 90, a donné son feu-vert pour le réaliser, tout est allé de travers.

Les coûts ont été multipliés par trois ; un ancien maire de Venise a été accusé de corruption et destitué. Le projet Moïse était devenu - au sens propre comme au sens figuré - un véritable serpent de mer, symbole de toutes les dérives italiennes.

Sans compter les écologistes qui s’opposent encore à un projet qu’ils estiment mortifère pour la lagune : avec la montée inexorable des eaux, ces barrières pourraient devoir être activées plus de la moitié de l’année, transformant la lagune en marais stagnant.

L'Italie, 2e puissance industrielle de l'Union européenne

Il faudra attendre la fin des travaux et éprouver la robustesse de l’ensemble du système dans le temps. A priori, il est prévu pour protéger Venise de vagues submersives de plus de 3 mètres de haut, ce qui n’arrive qu’une ou deux fois par siècle.

Mais surtout, c’est important pour un pays ne veut pas être qu’une belle vitrine pour touristes enamourés. L’Italie sait faire preuve de trésors d’ingénierie. Elle n’est pas la deuxième puissance industrielle de l’Union européenne, devant la France, pour rien. Pour un pays traumatisé au printemps dernier par l’épidémie de Covid-19, croyez-moi, c’est important.