La Belgique n'a plus de coalition majoritaire depuis un an. Même le roi des Belges s'impatiente. Et pourtant, c'est toute l'Europe qui ressemble aux coalitions bigarrées belges.

Sophie Wilmès, première ministre belge
Sophie Wilmès, première ministre belge © AFP / Alain Jocard

On part en Belgique ce matin, la Belgique toujours sans gouvernement... Et c'est le roi des Belges, Philippe de Belgique, qui a paru royalement s'impatienter il y a quelques jours. A l'occasion de l'adresse de Noël, et sur fond de sapin, de guirlandes et de boules, entre deux poncifs sur le petit Jésus et la Belgique éternelle, il a glissé :

« Il est essentiel que nous établissions le plus rapidement possible un gouvernement fédéral de plein exercice, capable de prendre des décisions équilibrées et de les porter ensemble avec fermeté. C’est ce sur quoi nous comptons tous, sans plus tarder. »

C'est juste une phrase, assez banale somme toute pour un pays sans coalition gouvernementale majoritaire au Parlement depuis plus d'un an. Mais dans l'éventail des possibilités rhétoriques royales, c'est de la dynamite.

Le record de longévité sans gouvernement

La Belgique est même détentrice du record mondial de longévité institutionnelle sans gouvernement : 541 jours ! C'était entre 2010 et 2011, une crise qui succédait à une autre, entre 2007 et 2008 où la Belgique avait été 194 jours sans gouvernement.

Qu'on se rassure : sans gouvernement ne veut pas dire qu'il n'y a personne à la barre. Il y a bien un Premier ministre et même des ministres, mais qui « expédient les affaires courantes » comme on dit et ne peuvent, par exemple, pas faire voter un budget.

Mais cette fois-ci, les choses se sont un peu complexifiées. D'abord, le Premier ministre qui doit expédier les affaires courantes et d'ordinaire celui qui était en poste au moment de la crise, à savoir Charles Michel. Cette fois-ci, il n'est plus là...

Une situation plus complexe

Exactement et pour le remplacer, les partis belges se sont mis d'accord sur un nom : Sophie Wilmès, une quadragénaire libérale qui est en fonction depuis deux mois maintenant. Joli coup puisqu'elle est ainsi la première femme à accéder à ce poste.

Reste donc à former un gouvernement. Ça tombe bien, il y a eu des élections législatives en mai dernier. Le problème est qu'elles ont un peu plus fragmenté le paysage politique belge : les partis traditionnels ont été affaiblis, l'extrême droite et le écolos, renforcés.

Sans oublier l'extrême-gauche du PTB, dont le slogan est « Les Gens d'abord, pas le profit », qui a fait une percée avec 12 sièges. Sans oublier les divisions communautaires qui font qu'on a voté très à gauche côté Wallon et très à droite, côté flamand.

Un légume ou d'un drapeau étranger

C'est vrai que la dernière coalition était dite "suédoise" parce que les couleurs des partis qui la formait ressemblait au drapeau suédois. Avant ça il y avait eu la coalition lilas, ou range sanguine. La jamaïcaine a été évoquée mais jamais appliquée.

Il y a parfois du surréalisme dans ces noms, comme celle appelée "orange bleue" (ou "turquoise") parce qu'elle mêlait le bleu libéral et le vert écolo. "L'arc-en-ciel", lui, a dirigé le pays de 1999 à 2003. Cette fois-ci, on parle de coalition bourguignonne ou portugaise.

Mais au fond, la Belgique avait un temps d'avance sur le reste de l'Europe. Aujourd'hui, par exemple, l'Espagne a un premier ministre « intérimaire » depuis avril 2019. La Belgique et ses coalitions bigarrée, c'est l'avant-garde de la politique européenne.

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