Disparu depuis deux mois, le fondateur d'Alibaba est-il victime d'une de ces purges dont le Parti communiste chinois à le secret ?

Jack Ma ici en 2019
Jack Ma ici en 2019 © Getty / VCG

Cela fait deux mois que Jack Ma, fondateur du chinois Alibaba a disparu ! Pschitt ! Envolé ! Mais à l’inverse du conte des Mille et une Nuits, le sésame ne s’ouvre plus pour celui qui a été la star des milliardaires chinois, au point qu’il avait même un petit nom affectueux : Daddy Ma.

Sa dernière apparition publique ? Le 31 octobre 2020. Il a même disparu de sa propre émission de télévision : une sorte de The Voice pour les futurs entrepreneurs africains appelé Africa Business Heroes, et a été remplacé inopinément par un cadre de son groupe.

Enfin, dans la presse officielle, on ne l’appelle plus Daddy Ma mais Papy Ma… C’est moins affectueux. Bref, il semble être en délicatesse avec le régime…

Disparu comme tant d'autres avant lui

Disparu pour quelques semaines ou quelques mois, le temps de le « redresser » à la façon maoïste : un peu de prison, de travaux forcés et hop le tour est joué. C’est même devenu une habitude pour Pékin qui, en 2016, a fait disparaitre des libraires hongkongais.

Ou encore l’actrice Fan Bing Bing, réapparue après trois mois, fin 2018, toute "repentissante". En Chine, les milliardaires ne sont pas à l’abri : en mars dernier, c’est le patron d’un conglomérat de l’immobilier, Ren Zhiqiang, qui s’est volatilisé.

Il avait critiqué dans un livre la gestion chinoise de la Covid et traité Xi Jinping de « clown ». Il est réapparu devant un tribunal qui l’a condamné à dix-huit ans de prison !

Jack Ma "pendu à la lanterne"

D’abord, il y a un contexte : la consommation chinoise a officiellement reculé en 2020 de 5%. Probablement beaucoup plus. Dans le même temps, la vente de produits de luxe a explosé : plus 50% en un an. Le parti a donc réagi.

Du coup, on a commencé à lire des articles grinçants sur ces milliardaires « profiteurs ». Or le plus voyant d’entre eux, c’est Jack Ma, qu’un article paru il y a quelques semaines voyait déjà « pendu à la lanterne ». En français dans le texte.

Surtout, il a été très bête, de l’aveu même de ses collaborateurs : le 24 octobre 2020, alors que l’introduction en bourse de son nouveau bébé, Ant Group, venait d’être officiellement repoussée, il a traité les banques chinoises de « vulgaires prêteurs sur gage ».

Enquêtes pour monopole

Or les banques chinoises sont toutes contrôlées par l’État. Or l’État chinois a depuis des années dans le collimateur Alipay, la branche financière d’Alibaba.

Alibaba qui fait aussi l’objet de plusieurs enquêtes pour monopole. Il faut dire qu’avec son concurrent Tencent, ces entreprises de l’Internet ont accumulé plus de données personnelles que Twitter, Facebook et Amazon réunis. Trop puissants. Il était temps de rappeler à ces milliardaires les règles du jeu chinois : l’empereur décide, les mandarins exécutent.