Layla Haddad a bien du courage : elle s'en prend bille en tête à cet "amas de chair" donné "en spectacle" qu'est devenu le président algérien Abdelaziz Bouteflika et à un entourage prédateur et cupide, dont le propre frère du président malade depuis 2013.

 Abdelaziz Bouteflika en 2016
Abdelaziz Bouteflika en 2016 © Getty / Alexander Shcherbak

Il s'agit d'un véritable pamphlet posté sur Facebook par Layla Haddad, une journaliste algérienne qui a travaillé pour la chaîne publique ENTV. Une vidéo tournée le 31 mai, déjà été vue plus de 500 000 fois. On comprend vite pourquoi :

Il y a un élément presque comique, lorsqu'elle évoque l'ancienne « agilité du moufflon » d'Aldelazziz Bouteflika. Reste que la charge est violente contre le président algérien qui est au pouvoir depuis 19 ans.

Mais en soi, rien inédit : j'ai moi même parlé de ce vieil homme malade, affaibli, baladé en fauteuil roulant depuis son AVC en 2013 et qu'on n'a pas entendu parler en public depuis 2014.

Une vidéo enregistrée dans les locaux du Parlement européen

Parce que Layla Haddad n'a pas enregistré son pamphlet n'importe où : elle l'a enregistré dans les locaux du Parlement européen à Bruxelles.

Fureur des autorités algériennes qui ont aussitôt convoqué l'ambassadeur de l'UE à Alger, John O'Rourke. Ambassadeur qui n'a pas manqué de panache : en sortant de son rendez-vous, il postait le tweet suivant :  

« Les journalistes accrédités auprès des institutions européennes (…) parlent en leur propre nom, en ligne avec les principes de la liberté d'expression et de la liberté des médias ». Double fureur des autorités algériennes qui voulaient des excuses de l'UE !

Elle dit ce que toute l'Algérie sait et commente depuis des années

Ce n'est pas tout ce qu'elle dit, elle s'en prend aussi à l'entourage affairiste et familial qui entoure et instrumentalise le président 

Or accuser publiquement le frère du président, Saïd Bouteflika, d'abus de faiblesse voire d'indignité, c'est passer une ligne rouge. Et ça a des conséquences.

Le 4 juin, Layla Haddad dit avoir été agressée devant son domicile bruxellois par deux hommes « de type maghrébin » : c'est elle qui parle. Elle a évidemment porté plainte.

Un courage remarquable, des journalistes inquiétés 

Elle, elle explique que cette vidéo est un cri du cœur, un cri de dégoût aussi alors que la comédie s'apprête à être rejouée : le FLN, on en a parlé ici, a « supplié » le président Boufeflika de se présenter pour un cinquième mandat ! Une comédie grimaçante !

Le tout dans un contexte très tendu pour les journalistes indépendants : il y a quelques jours, un blogueur algérien, Marzoug Touati, a été condamné à 10 ans de prison et qu'un autre journaliste indépendant, Saïd Boudour, est aussi inquiété par la justice

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